vendredi 17 février 2023

Martha Jean-Claude !

Quand j'ai commencé, il n'y avait pas de femmes qui faisaient ce métier; il y avait partout des artistes de théâtre. Tous les dimanches et jours de fête, je chantais à la chorale de la Cathédrale. Dès l'âge de 12 ans, je faisais partie de cette chorale, ayant été initiée par les sœurs de Sainte-Rose de Lima.». C'est de là que, timidement, elle se fait entendre comme choriste dans les coulisses de son amie Emérante de Pradines jusqu'au jour où le public réclamant à tue-tête le second rôle découvrira avec émerveillement l'intemporelle Martha Jean-Claude. On l'appréciera désormais seule ou aux côtés d'Emérante dans les soirées privées, les réceptions d'ambassade... quand ce n'est pas dans l'une de ses prestations au théâtre, dont dans les années 40 déjà elle semble tout aussi friande.(2)

Puis Martha Jean-Claude nous est ravie quand le 20 décembre 1952, enceinte de 3 mois, elle est emprisonnée. Critique trop osée du gouvernement, activités communistes de son mari (absent du pays lors de son arrestation), mise en échec de ce projet, trop révolutionnaire au goût de Magloire, de construction d'une maison pour démunis? Pour ne laisser d'être imprécis et quelquefois contradictoires, les chefs d'accusation ne disent pas moins clairement que sa présence est indésirable et, à sa libération provoquée par un état de santé si inquiétant «qu'elle devra etre transférée à l'hôpital», elle ne se verra d'autre recours que l'exil.

C'est alors que Cuba verra arriver, après son très court séjour au Venezuela, cette jeune femme et ses chansons en quête d'une terre d'accueil. Se voyant alors contrainte à des emplois de fortune comme linotypiste, coiffeuse, Martha ne devra pas moins attendre 1956, sa rencontre avec Celia Cruz et l'enregistrement de son premier disque Canciones de Haïti, pour se voir lancée sur la scène cubaine, amorce d'une vivante carrière internationale. Chanteuse étoile des plus grands cabarets cubains (Tropicana, Sans-Souci), figurant régulièrement à l'affiche de spectacles dans les plus grandes villes d'Amérique et un peu partout dans le monde on la verra, à l'occasion, accompagner Nat King Cole, Mendosa. Loin de se départir de cette affection particulière pour le théâtre elle interprétera avec un égal bonheur des rôles divers à l'écran et dans des séries télévisées très populaires et prisées. Son propre film, Simparele dont, en plus du scénario et de la réalisation, elle incarnera le rôle principal sera primé à Cuba, en Palestine, en Espagne et en Allemagne.

S'il est insensé de prétendre embrasser en si peu de mots plus de 50 ans d'une carrière aussi riche, on reste par contre ébahi de découvrir cet univers et ce parcours marqués d'une fidélité entêtée et résolue à Haïti dans ce qu'elle recèle de plus autochtone. En 1957, peu après la révolution cubaine, elle se trouvera aux côtés des Haïtiens à l'ICAP (Institut Cubain d'Amitiés avec les Peuples) pour des recherches autour de la culture haïtienne. Si au cours de sa longue route, seule ou avec MAKANDAL, ce groupe musical monté avec entres autres musiciens de talent ses enfants, tous retrouvés sur ses traces, une juste place a dû être faite dans ses chansons et ses mélodies à une vigueur toute cubaine, ce sera avec assez de bonheur pour que Cubains et Haïtiens se réclament et s'approprient également la «nuestra haïtiana cubana» qui elle, en retour, ne trouvera pour se partager que ces mots pleins d'amour: «Mwen se fanm 2 peyi / Soy mujer de dos islas». De cette fidélité à l'engagement qui pérennise, le pas est franchi maintenant avec la création en mai 1996 de la «Fondation Culturelle Martha Jean-Claude» qui se propose, sous la direction du fils de Martha, Richard, de travailler à la promotion de la culture et du patrimoine des deux pays.

Il a fallu, sur l'invitation de la mairesse de Port-au-Prince, Mme Franck Paul, ce retour de Martha chez nous, chez elle 34 ans plus tard, en 1986, et cette tournée effrénée de février 1991 (où elle se produit au Café des Arts, au stade Sylvio Cator, au Théâtre National, au kiosque Occide Jeanty, au Club international...), pour que nous sachions à quel point elle nous a toujours été familière. De l'acceuil de ce public incrédule de la voir enfin, émerveillé de reprendre avec elle comme si ne datait que d'hier leur dernière rencontre, Dodo Titite, Kouzen, Agœ..., Martha a dû tirer la certitude de pouvoir exprimer enfin librement cette vérité de toute sa vie: celle de n'être jamais partie.

Martha Jean-Claude (21 mars 1919 - 14 novembre 2001) était une écrivaine haïtienne, militante des droits civiques , artiste et compositrice. Elle est née à Port-au-Prince , Haïti et était bien connue internationalement au cours de sa vie et pouvait se produire dans de nombreuses langues. Elle a incorporé le folklore haïtien et les paroles vaudou dans ses performances. Elle s'est prononcée contre les autorités haïtiennes qui exploitaient le peuple haïtien. Elle a été arrêtée en 1952 sous l'administration du président Paul Eugène Magloireaprès avoir publié sa pièce "Anriette". Les responsables considéraient qu'il était dirigé vers et contre le gouvernement à l'époque. Lorsqu'elle a été arrêtée, elle était enceinte mais a été relâchée deux jours avant d'accoucher.

Jean-Claude est exilé à Cuba le 20 décembre 1952. Elle est mariée à Victor Mirabal , journaliste cubain.  Jean-Claude était bien connu des communautés hispaniques qui admiraient son talent et son activisme. Elle a été présentée dans des émissions de radio et de télévision à Cuba. Elle est apparue dans le film Yambaó (1957) qui mettait en vedette l'actrice cubano-mexicaine Ninón Sevilla .  Cuba l'a revendiquée comme une grande artiste de ce pays. Elle est devenue membre de l'Union cubaine des écrivains et des artistes. Elle s'est produite dans de nombreuses salles internationales, notamment: Salle Claude Campagne, Casa de las Américas à Cuba, Palais des Beaux-Arts à Paris, Madison Square Garden à New York, Maison de l' UNESCO à Paris, Siège des Nations Unies à New York et pour la Faculté de musique de l'Université de Montréal . Elle a voyagé et visité presque tous les pays d'Amérique centrale et du Sud et l'Angola . Elle s'est également exprimée au Panama contre ceux qui violent les droits humains fondamentaux dans ce pays. Elle écrit et interprète des chansons politiques. Jean-Claude est également apparu dans le film cubain Simparele (1974) réalisé par Humberto Solás .

Jean-Claude a eu quatre enfants avec Mirabal : Linda (chanteuse d'opéra), Sandra (musicienne), Magdalena (médecin vivant à Cuba) et Richard. Son fils Richard Mirabal a été directeur de la Fondation Martha Jean-Claude, qui promeut les liens culturels entre Haïti et Cuba.  Son fils Richard a produit le film Fanm De Zil [Femme des deux îles] (2000) sur sa vie et son œuvre.  

 Jean-Claude est retourné en Haïti en 1986. Elle est décédée à La Havane , Cuba, le 14 novembre 2001, à l'âge de 82 ans, chez elle.  Elle a été décrite comme "... l'un des joyaux les plus précieux qu'Haïti ait jamais eu." 

Une fière chandelle à Raymond Cajuste

L’aurore peine à saluer la rosée, dans sa folle quête de la gouverner. En l’espace d’un cillement, dans nos cœurs, dans nos pensées, dans nos souvenirs les plus intimes, l’écho fugace d’une agonie poussée des montagnes de la Géorgie a provoqué une cascade de larmes de New York à la Floride pour s’arrêter sur les flancs de Port-au-Prince à Cabaret, de la Plaine du Cul-de-Sac jusqu’aux confins du pays. Cette sourde plainte est celle d’un être vénéré qui, au bout d’un pèlerinage de 75 années, nous a faussé compagnie. C’est le dernier soupir de Raymond Cajuste, une des plus belles étoiles à avoir scintillé pendant un demi-siècle dans le firmament musical d’Haïti. 

C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris la nouvelle de la mort de Raymond Cajuste. Il est vraiment difficile d'exprimer ce que ce brillant homme représentait pour la musique haïtienne. 

Au cours des « heures déraisonnables » des années 1960 – 1980, son inspiration nous avait fait vivre des moments agréables. Par son souffle envoûtant, des décennies allant de 1990 à 2010, il nous a communiqué l’idéal de nos ancêtres perdu, paraît-il, dans le rêve d’Agwèta Woyo, rêve long comme le magique fleuve Artibonite. 

Que s’est-il passé, au bout d’un certain moment, dans ce rêve que je résiste à raconter ? Voilà notre vieux tonton, à la barbe blanche et fleurie, succombé aux complications liées au diabète et à la tension artérielle. Cela s’est passé aux premières heures du 24 janvier dernier au Wellstar Paulding Hospital, à Hiram dans l’État de la Géorgie, au sud des États-Unis. Ah ! « Va où tu veux, meurs où tu dois ! » Personnellement, j’assimile cette perte à un drame. Franchement, « se dilere sa pou n-antere Raymond ». 

Raymond Cajuste a vu le jour à Port-au-Prince le 10 avril 1947. Son père, avocat et industriel, compte parmi les notables de la ville de Cabaret. Sa mère, Marguerite Alexandrine Germain, originaire de la Plaine du Cul-de-Sac, à part d’être secrétaire-dactylographe et modiste, est une talentueuse chanteuse que les préjugés de l’époque avaient tenu loin de nos salles de spectacle. 

Tout bébé, à la rue Monseigneur Guilloux, l’ouïe de Raymond se baigne dans le chant. Tous les jours, sa mère inonde la maison d’airs de chanteurs populaires français, notamment ceux de Tino Rossi, de Georges Guétary, de Lynn Renaud, d’André Claveau, de Jacqueline François, etc. Dans ses cahiers de chants, de très tôt, l’enfant découvre la magie de la poésie. D’ailleurs, il héritera de celle-ci le goût du bel esprit. « L’heureuse influence de ma mère m’a enveloppé dès mon enfance. C’est elle que j’avais toujours cherché à suivre et à imiter. Elle a été mon premier modèle », m’a-t-il souvent raconté. 

À part du Bas-peu-de-Chose (la rue Monseigneur Guilloux et l’Avenue Muller), Cabaret et ses envirions, en particulier Casale, seront les témoins privilégiés de son enfance et de son adolescence. À cette heureuse influence maternelle, se greffera celle de nos véritables artistes : les artistes anonymes de nos masses rurales, « les vrais détenteurs de la culture nationale » pour reprendre la pensée de l’ancien président Leslie François Manigat. 


En effet, le « pays en dehors » deviendra la principale source d’inspiration de Raymond Cajuste, comme c’était le cas pour le compositeur hongrois Antonin Dvořák et le compositeur gonaïvien Antalcidas Oréus Murat.

Le son des tambours des longues et douces nuits cabarétines d'autrefois venant de bandes de rara, de « bann madigra » ou de « bann maskawon » telles que « La Méprise », « Arc-en-ciel », « Kalfou », « Bolo », « Grand Gosier » et d’autres le marquera à jamais. Ses nombreuses escapades dans les « konbit » organisés dans les profondeurs de Casale, de Ganthier et d’autres contrées de la Plaine-du-Cul-de-Sac lui permettront de mieux humer les soupirs, les déceptions, mais aussi les joies de nos paysans, ceux qui, pour parler comme Jean Price Mars, « chantent et qui souffrent, qui peinent et qui rient, qui rient, qui dansent et se résignent ». En un mot : l’Haïtien !

C'est dans ce merveilleux maelström artistique, dans ce délicieux « bouillon de culture » que sera formée l'âme de Raymond Cajuste. Sa voix mélodieuse frappera plus tard les tympans et caressera l'esprit du mélomane le plus exigeant. Des morceaux tels que « Racines », « Nan Ginen », « Pèlerinage » et tant d’autres sont des preuves éloquentes de la culture d’un jeune homme rebelle qui refuse de se divorcer d’avec son âme résolument haïtienne. Puisque « joumou pa donnen kalbas », sans surprise, il deviendra un des ardents défenseurs de la paysannerie haïtienne et de nos traditions ancestrales. Jacques Stéphen Alexis, à n’en pas douter, aurait vu en lui « un enfant de l’avenir », encore mieux un « arbre musicien ». 

Il coule alors de sens que le premier orchestre à avoir attiré l’attention du jeune Raymond ait été le Jazz des Jeunes. Il le découvrira au Théâtre de Verdure vers ses 11 ou 12 ans. Musicien éduqué, il admettra toujours : « Quand on parle de musique haïtienne, on doit se rendre directement à notre folklore. En ce sens, sans conteste, le Jazz des Jeunes est l’orchestre phare de la musique haïtienne. » Si de cet ensemble mythique, il admirait la voix de Gérard Dupervil et les orchestrations d’Antalcidas Murat, ses deux idoles ont toujours été le percussionniste Daniel Mayala et le tambourineur Jean Rémy. 

Le plus naturellement du monde, dans la fraîche adolescence, il s’initiera au tambour, suivant le modèle de Jean Rémy, de Labbé, le célèbre tambourineur de la bande Orthophonic G.B (Otofonik) et d’un tambourineur de Cabaret dont il a malheureusement oublié le nom. Affranchi des clichés, à Casale, où il rend souvent visite à sa grand-mère paternelle, d’origine polonaise, il enrichit sa palette en s’alignant avec des groupes de paysans. Sans aucun complexe, il anime avec eux des « bal fandang », des « bal anba tonèl » où la danse polka, trempée dans notre tafia, enivrait les fêtards. À l’époque, il faisait la 8è au Nouveau Collège Bird, à Port-au-Prince. À lui seul, cet acte mérite un éditorial. C’est le propre d’un jeune homme libéré. Comprenne qui pourra !

À part cette institution de la rue de l’Enterrement, Raymond a fait une partie de ses études primaires au lycée Alexandre Pétion et une année à une école nationale à Cabaret (alors Duvalierville). Il a effectué sa scolarité secondaire au Centre d’Études Mario Caze, situé à la même rue de l’Enterrement (ou rue de la Révolution). Là, au cours de ses Humanités, il découvre nos poètes dont il s’en affolera. Roussan Camille et Émile Roumer resteront ses bardes de prédilection. Un peu plus tard, il découvrira Serge Morisseau et le docteur Carlo Désinor dont il deviendra le bon ami. Sachant que chez nous, la musique n’a pas toujours nourri son homme, il étudiera, comme soupape de sécurité, la comptabilité et l’agronomie tropicale.


C’est en 1966, à l’Avenue Magloire Ambroise, que Raymond Cajuste, au tambour, jouera pour la première fois dans un ensemble musical de danse urbaine. Baptisé Les Jeunes Loups, en firent partie : Frantz Raphaël (chanteur), Lesly Lubin (chanteur), René Pignac (guitare), etc. C’est alors, membre de ce septette, que Mme Lisa Armand Raphaël (1915 – 2021), la mère de son ami Frantz Raphaël, lui a suggéré d’évoluer comme chanteur à cause de sa magnifique voix. Il chantera pour la première fois devant un grand public au jardin d’enfants « Joyeux Départ », situé en face des « Meubles Charrier » à l’avenue Magloire Ambroise.

Peu après ce joyeux départ, on se délectera de sa voix à l’Avenue Fouchard au sein du groupe Les Aventuriers. Il brûle les planches des salons du Bas-peu-de-Chose avec Sergo Méry (chanteur), Ernst « Nènè » Volcy (accordéon), Gérald Astrée (guitare), Max Astrée (tambour), etc. C’est ce groupement qui, en 1968, se transformera en Shupa Shupa. Il signe, parmi d’autres succès, « Michaëlla » et « Yanick », que Gracien Désir popularisera par la suite.

Novembre 1968 sera la date charnière dans la carrière musicale de Raymond Cajuste. Encouragé par des amis de son quartier – Waney, Carrefour -, il intègre le Bossa Combo, formé cinq ou six mois auparavant. Rapidement, il se taille une excellente réputation auprès du public, travaillant en parfaite harmonie avec ses potes, en particulier avec Adrien Jeanite et Rodrigue Toussaint, « deux talents hors du commun », dira-t-il d’eux. Il offre « Vive les vacances », « Haïti que j’aime » et d’autres pièces qui allaient faire le délice des innombrables admirateurs de cette formation carrefouroise. 

Malheureusement, ce passage au sein du Bossa Combo ne sera pas un fleuve tranquille. Au cours de l’année 1973, la mort dans l’âme, il s’en sépare. Invité par son frère de baptême Jean Robert « Porky » Hérissé, il adhère aux Difficiles de Pétionville, chantant à côté d’Henri Célestin. Il a participé à l’enregistrement du disque « Jambé barriè » qui fit un véritable tabac. 

En février 1974, il se sépare de cet ensemble pour se joindre aux Gypsies de Pétionville. Il y rencontre Claude Marcelin (guitare), Toto Laraque (guitare), Jules Pagé (saxophone) et d’autres musiciens avec lesquels il évoluera pendant moins de neuf mois.

Vers la fin de la même année 1974, Raymond intègrera Les Alouchès, fondé par les frères Hervé et Gérald Bros. Il y retrouva un ami des beaux jours, Frantz Raphaël (chanteur), Jean-Jean Louis (Bass), Claudy Fremont (accordéon), Tuco Bouzi (batterie), Yves Fénélus (guitare solo et guitare accompagnement), etc. Après un peu plus de 18 mois dans le groupe de Fontamara, il jouera dans le Big One avec Denis Emile (guitare), Evens « Pim » Ignace (Guitare), Jean-Jean Louis (basse), Sergo Gourgue (tam tam) et d’autres amis. Cette aventure avait duré moins d’une année. 

Nous sommes maintenant en 1977. L’étoile regagnera son firmament préféré : Raymond Cajuste retourne au Bossa Combo. Ce sera incontestablement l’« âge d’or » tant de cette formation que de notre chanteur. L’activité créatrice de ce dernier est devenue plus fertile et plus mordante. Désormais, il est un personnage. Année après année, il composera des tubes qui allaient asseoir sa renommée : « Accolade », 1978 ; « Racines » (1979), « Musicalité » (1980), « Acte de naissance » (1981), « Mission impossible » (1982), « Johanne » (1984), etc.

En général, les dons sont incomparables et les générations, en vertu d'apports étrangers et de la réalité socio-politique, laissent transpirer de manière différente leur substantifique moelle. Selon moi - et qu'on me pardonne mon franc parler -, certains musiciens de La Belle Époque » (1946 – 1956) furent des dieux. Antalcidas Oréus Murat, Guy Durosier, Gérard Dupervil, Michel Desgrottes, Ernest « Nono » Lamy, Raoul Guillaume, les frères Guignard, Murat Pierre, Hulric Pierre-Louis, Destinoble Barrateau, Alfred Moïse et d’autres sont des sommités qu’on aurait dû panthéoniser. 

Cela dit, ont été repérés des musiciens, des chanteurs et des instrumentistes d'élite dans la génération d’après. Je ne tarirai jamais d'éloges sur les Dadou Pasquet, Adrien Jeanite, André Déjean, Boulo Valcourt, Welmyr Jean-Pierre et une poignée d’autres. Cependant, de tous, celui qui, tant comme compositeur que chanteur, a chaviré mon cœur dans les profondeurs les plus intimes de la joie et du bonheur s'appelle Raymond Cajuste. En toute objectivité, je pense que, dans les deux rôles, il a sa place, et une place de choix, dans n'importe quelle formation haïtienne, toutes générations confondues.

Comme compositeur, il fait partie des mieux doués de sa génération. Il nous a présenté des morceaux comme un plat fumant qui flattera le palais de tout mélomane, quel que soit son statut social, de l’humble cireur de bottes en passant par le simple hoqueton de bureau jusqu’au président de la République. En juin 1979, en classe de Rhéto, au Nouveau Collège Bird, Jean N. Narcisse, notre professeur de littérature française, au cours d’un exposé, avait réservé quelques minutes pour louer le talent des principaux compositeurs du Bossa Combo, en particulier Claude Desgrottes, Jean-Claude Dorsainvil et Raymond Cajuste. M. Narcisse, homme éminemment cultivé, avait surtout apprécié les morceaux « Courage », « Vanité » et « Pèlerinage ». 


À bien glaner dans ses œuvres, on découvrira chez Cajuste une tendance à honorer notre folklore et notre Alma mater. Des morceaux comme « Pèlerinage » et « Racines » ont effectivement révélé en lui un véritable disciple d’Antalcidas Murat. Quant au premier, c’est un charme, un rêve qui place le dévot catholique au pied du « Calvaire Miracle ». Pour ce qui est de la qualité tant du texte que de la mélodie, « Racines », à bien des égards, est un des joyaux de la musique haïtienne. Même son « Nan Ginen », bien que malheureusement désacralisé par le genre compas direct, prouve son attachement aux valeurs ancestrales.

Que dire du chanteur ? Doté d’une grande souplesse vocale qui le met très à l’aise dans sa peau, il rend ses morceaux avec goût, avec âme et avec profondeur. Par exemple, dans « Racines », il nous mène tout droit dans la cale d’un navire négrier. D’une diction parfaite, il nous a épargné du « zuzu » un peu gênant qui enlève à n’importe quel chanteur son originalité et sa personnalité.

Le Bossa Combo a connu d’excellents musiciens. Adrien Jeanite n’a rien à envier à aucun maestro d’un ensemble de danse du pays de n’importe quelle époque. (En passant, je déplore le fait que depuis un certain temps, la rue affuble n’importe artiste moyen du titre combien prestigieux de maestro.) Rodrigue Toussaint fut une légende, Jean-Claude Dorsainvil un charme. Cependant, à mon humble sens, l’âme du Bossa Combo était Raymond Cajuste. L’ingénieur Fritz Joassin trouvera les mots qu’il faut: « Raymond Cajuste, en dehors du maestro Adrien Jeanite, était l’étoile du Bossa Combo. Au début de la décennie 1970, en compagnie de Guy Durosier, j’avais le privilège de travailler avec cette formation en studio. Là, j’ai découvert les talents de Raymond Cajuste en tant que chanteur. C’est un artiste hors du commun. » 

La touche de Raymond Cajuste est féérique. À part les seize albums qu’il a enregistrés avec le Bossa Combo, il nous en a laissé quatre superbes de son cru. Chacun d’eux représente le reflet fidèle de son âme. Dans Siempre en domingo (1979), il chante « Nan Ginen » qui traduit sa fidélité à l’Afrique. Éclectique, en juin 2001, il publiera un disque de chansons évangéliques, produit par son jeune frère Lesly Pierre. Deux ans plus tard, il fera paraître Exodus qui dévoilera la permanence de sa sensibilité maladive. Son dernier, Mémoire, paru en 2015, montrera l’éclat de son timbre nuancé, bien qu’affaibli par la maladie. Comme le bon vin, sa voix s’est bonifiée en dépit de l’usure du temps.

Raymond Cajuste a offert ses talents à ses camarades dans certains de leurs projets musicaux. Parmi eux, signalons les albums « Tonton Relax » (1981) et « Joui la vie ou » (1982) de Tuco Bouzi. Au cours de cette même période, sa suave voix de petit enfant de chœur a conféré à la « Première communion » de Mario de Volcy toute son élégance et toute son essence spirituelle.

En septembre 1970, à la Basilique Notre-Dame à Port-au-Prince, Raymond épousé son amour de toujours: Bernadette Laguerre. Cette dernière lui a laissé quatre merveilleux enfants : Clark, Fabiola, Syncia et Joanne. Pour cette dernière, il avait ciselé en 1984 un petit bijou du même prénom. Clark est pratiquement son héritier musical. Raymond les a chéris comme la prunelle de ses yeux. 

Circa 2015. La santé de l’artiste commence à susciter de vives inquiétudes. Malgré tout, cela n’avait pas mis un terme à son élan artistique. Au début de l’année 2016, il retourne au pays pour rejoindre le Bossa Combo qui reprenait ses activités après un très long hiatus. Il sera applaudi un peu partout : au « Bar de l’Ère » (rue Capois), à « Lakou Lakay » (Delmas 29), à Petit-Goâve, au Tropicana Night-Club, à l’occasion des 53 ans de « La Fusée d’Or », etc. Un an plus tard, ses médecins le recommandent de regagner immédiatement les États-Unis, puisque son état de santé empirait chaque jour un peu plus. Le 2 février 2017, il est amputé de la jambe gauche.

« Ne sous-estimez jamais le cœur d’un champion » avait lancé, le 1er juin 1995, Rudy Tomjanovich, l’entraineur des « Rockets » de Houston après la victoire de son équipe en finale.  Doté d’une grande force morale, cette condition n’avait pas éloigné notre champion de la scène. En juillet 2017, le public d’Haïti l’avait applaudi un peu partout, dont au Feu Vert Night-Club, à l’occasion des 69 ans de l’Orchestre Septentrional. En avril 2018, il foulera un tréteau pour la dernière fois de sa vie. C’était à Gantier. Peu après, il prendra  l’avion pour les Etats-Unis. 

En 52 années d’émulation musicale, soit de 1966 à 2018, Raymond Cajuste a touché toutes les couches de la population. « Pit kou mawo, zannana kou pengwen » avait apprécié son œuvre. Un jeune médecin adventiste, ténor à ses heures perdues, qui a grandi dans une stricte ambiance religieuse, s’est senti bouleversé par la perte d’un « si grand artiste ». Joint lundi dernier au téléphone, le contrebassiste gonaïvien Arold Edouard Mathieu m’a confié : « Raymond Cajuste a exercé une très grande influence sur moi. Partager la scène avec lui pendant près de 40 années a été le plus grand honneur de ma vie. C’était un monument, un mapou… »

Claude Aurélien, l’un de nos plus célèbres chanteurs évangéliques, a salué en l’auteur de Deuxième indépendance « un très grand compositeur, un grand chanteur de grande classe, qui a largement contribué à l’essor de notre musique ». Pour le trompettiste rivanordais Jean-Louis Lubin, ancien maestro de l’Orchestre Tropicana d’Haïti, « Raymond Cajuste était un de nos meilleurs artistes et un compositeur de belle souche. C’est un géant qui nous a laissés. » 

Le docteur et professeur Marcelo Mitchelson, ancien co-animateur d’émissions musicales à Port-au-Prince, a ainsi résumé la carrière du grand disparu : « À mon humble avis, Raymond Cajuste était l’une des plus belles voix des mini-jazz de chez nous. Elle se reconnaissait entre mille. 

Raymond représentait, à un certain moment, le visage du Bossa Combo par la joie de vivre qu’il transmettait aux autres musiciens et au grand public. Sa disparition constitue une vraie perte pour la musique de chez nous. » 

En effet, quelle perte immense ! À part ses quatre enfants, Raymond a laissé pour le pleurer également ses petits-enfants, ses frères et sœurs - Jacqueline Cajuste Augustave, Félix Cajuste, Mirlène Jean, Yola P. Lebrun, Marlene Pierre, Lesly Pierre -, ses nombreux neveux et nièces et anciens complices musicaux, en particulier ceux du Bossa Combo. Que chacun d’eux, par ce simple texte, accepte mes plus sympathiques condoléances. 

Ainsi va la vie. « Sou latè beni, tout n’est que vanité / Nou pa vinn pou n rete / Se pase nap pase… Pa bliye nou se pasaje…» avait si bien chanté notre icône dans son exquise pièce « Vanité ». Certainement, nul et rien ne sont éternels ! Ce qui est sûr c’est que le nom de Raymond Cajuste, à cause du génie de celui-ci, restera gravé dans l’éternité de la musique haïtienne. Comme disait le poète : « Tout passe en cette vie hormis le souvenir. » À mon humble avis, notre nation lui doit une fière chandelle. 


Crédit: Louis Carl Saint Jean

samedi 7 janvier 2023

L' immortel Ansy Dérose !

Ansy Dérose, né le 3 juin 1934 à Port-au-Prince, en Haïti, est un chanteur haïtien du xxe siècle, décédé dans la capitale haïtienne le 17 janvier 1998, à l'âge de 63 ans.

Né à Port-au-Prince le 3 juin 1934, Ansy Dérose commença très tôt sa carrière de chanteur sous la conduite de Mme Elisabeth Mahy, Professeur de technique vocale, de nationalité française. Pendant toute une décennie, il ne chanta que les mélodies de Frantz Schubert, de Schumann et de Beethoven. Il excella dans les airs de Lalo, de Jules Massenet et de Gabriel Fauré. Ayant obtenu une bourse qui lui permit de continuer ses études techniques en Allemagne (où il se rendit le 23 novembre 1963), il ne négligea pas pour autant son talent et son art. C'est pourquoi il s'inscrivit au « Musick Hoch Shule » où ses professeurs lui reconnurent un grand talent d'interprète. Par la suite, transféré à Sarrebruck, il participa à un concours d'amateurs programmé par la Radio télévision de cette ville, concours dont il sortit premier lauréat. C'est ainsi qu'il commença à faire connaître dans le pays de Goethe et Beethoven les chansons traditionnelles haïtiennes ainsi que celles, d'une facture remarquable, qu'il composait déjà lui-même. À son retour d'Allemagne en 1964, invité par des parents pour un séjour à Chicago, il y resta dix-huit mois et s'inscrivit au « American Conservatory of Chicago » sous la direction du Grand Maître G. Moore dont il gagna l'estime et l'admiration. Sa grande entrée sur la scène internationale fut au « Premier Festival mondial de la chanson » qui se tint à Mexico en novembre 1970, avec certains des plus grands noms de la musique européenne et sud-américaine, et des chefs d'orchestre et arrangeurs comme Paul Mauriat, Franck Pourcel, Pochio Perez. Sur les soixante-dix pays représentés, sa chanson Maria, l'une de ses toutes premières compositions, arrangée par Pochio Perez, gagna le troisième trophée. Ceci lui valut une colonne dans la première page du journal officiel Olimpo de Mexico où l'on pouvait lire ceci : « …Avec Ansy Dérose d'Haïti se rompt la chaîne des triomphateurs européens ». Malgré les nombreuses offres qui lui ont été faites par des firmes européennes, Ansy Dérose, après cette expérience, comprit l'urgente nécessité de poursuivre ses études musicales. En dépit de l'absence de Conservatoire, il décida de retourner au pays natal. Doué d'une incroyable capacité à se former et à se parfaire, notre autodidacte choisit de s'adonner corps et âme à la tâche avec un acharnement implacable et s'enferma pendant trois mois, travaillant jour et nuit, déterminé à corriger ses insuffisances. Après treize ans d'enseignement à l'Ecole professionnelle J.B. Damier, il en devint le directeur. Après le départ des experts, le niveau de l'enseignement baissa considérablement et notre nouveau directeur dut se mettre en quatre pour le relever: il s'employa à faire recruter des professeurs qualifiés et surtout à trouver les fonds indispensables (qui ont toujours cruellement manqué) au bon fonctionnement de l'établissement. Il suivit aussi pendant trois ans des cours d'Architecture et de décoration intérieure. En 1972, son premier disque Ansy, sa Musique et sa Poésie fit les délices des mélomanes. Son second album Quo Vadis Terra (1974) connut un succès inépuisable. Ses chansons, symboles d'espoir, d'amour et de fraternité, ont fait de lui le chanteur le plus adulé du pays.

Entretemps, Ansy découvrit en sa femme, Yole Ledan Dérose (1976), une parolière d'une grande sensibilité et une voix extrêmement harmonieuse qui, jointe à la sienne, était destinée à produire un effet des plus heureux. Un spectacle fut donné au Rex Théâtre pour partager avec le public haïtien le deuxième prix du Festival international de la Chanson et de la Voix. C'est à cette occasion que le public découvrit Yole. Ce fut le coup de foudre et, désormais, le public ne se passa plus de ce couple mythique. Yole et Ansy, c'est la réplique de deux voix sœurs, le symbole unique en Haïti d'un couple qui a réussi sur la scène artistique comme dans la vie privée. La popularité déjà solide d'Ansy a certainement été renforcée par la voix douce et vive de sa compagne dont on est unanime à vanter l'éclatante beauté. Porteurs de rêves et de tendresse, leurs noms sont toujours évoqués avec fascination et jouissent d'un renom sans égal. Leur spectacle en « Hommage à la Jeunesse », au Stade Sylvio-Cator, le 11 mai 1985, devant plus de vingt cinq mille spectateurs, auquel participèrent neuf jeunes talents des neuf départements géographiques du pays en est une preuve éloquente

Sa femme, Yole Dérose, a chanté à ses côtés pendant plus de vingt ans.


Discographie

1972

Ansy, sa Musique et sa Poésie


LP – Face A

1. M'anvi al lakay mwen (Je veux rentrer chez moi) A. Dérose 03:54

2. Ginou A. Dérose 03:25

3. Ne pars pas A. Dérose 03:14

4. Kouray A. Dérose 03:25

5. Inquiétude A. Dérose 03:22


LP – Face B

6. Régina A. Dérose 02:54

7. Chacun pour soi A. Dérose 03:43

8. Frè Dò A. Dérose 02:42

9. Laura A. Dérose 04:33

10. L’Attente A. Dérose 02:48


Premier album solo d’Ansy Dérose.

1974

Quo Vadis Terra


LP – Face A

1. Quo Vadis Terra 04:32

2. Bonne fête Manman 02:53

3. Chérie, pa fè'm sa (Chérie, ne me fais pas ça) 03:43

4. Israël 06:30


LP – Face B

No Titre Auteur Durée

5. À ma Sœur 04:37

6. Naïdée 05:28

7. Ti Kafé A. Dérose 05:17

8. Sé ou (C'est toi) A. Dérose 04:29


1979

Merci


LP 

1. Roses Noires

2. Merci

3. Malsite

4. Thérèse

5. Message

6. Mon Crime

7. Mon Existence

8. Testament


Album Marc Records LP-294, par Ansy Dérose ;

primé au Cinquième Festival de la Chanson et de la Voix à Porto-Rico, en octobre 1979.

1991

Merci


LP – Face A


1. Merci A. Dérose 05:11

2. She H. Kretzmer/C. Aznavour 03:42

3. Yellow Bird Norman Luboff (en)/Walton 04:10

4. If You Love Me G. Parson/M. Monnot 04:01

5. Caminito S. Filiberto/C. Penaluza 04:12


LP – Face B

6. Let Everyone Live A. Dérose 03:58

7. Let It Be Me M. Curtis, P. Delanoë, G. Bécaud 03:44

8. Women of the World A. Dérose 04:00

9. Danny Boy (en) F. Weatherly (en) 04:25

10. Memories A. Wébert, T. Nunn, C. Koppelman 04:44


Albums en collaboration avec Yole Dérose

Année Titre de l'Album

1983

Anakaona, Reine d’Haïti

LP

1. Anakaona

2. Pran konsyans

3. Ma Chanson

4. Main dans la main

5. Mwen renmé'w

6. Si Bon Dyé

7. Prélude


Album Marc Records LP-335, par Yole et Ansy Dérose.

1987

Ansy Dérose, Nou Vlé

LP

1. Nou Vlé

2. Hymne à la Jeunesse

3. Femme

4. Chanson pour Haïti

5. Fanm Péyi'm

6. Toi le Musicien

7. Brav gede


Album des Productions Artistiques AD, par Yole et Ansy Dérose.

1989

Yole Dérose : Quand mon Cœur Bat la Mesure

CD


1. Quand mon Cœur bat la Mesure

2. Kenbé'm Chéri

3. Lontan Lontan

4. Tounen

5. Lawoman n

6. Tonton Nwèl Chéri

7. Tandé lanmou

8. Sé frè nou yé


YA002CD, par Yole Dérose

1997

Haïti Mélodie d’Amour (CD, réédité en 2003)

CD

1. Haïti Mélodie d’Amour

2. Bèl pasé bèl

3. Kanaval-la fin pasé

4. Kiskéya, péyi pa'm

5. Anita

6. Il n’y a que toi

7. Enfants d’Haïti

8. Ranya

9. Toi et Moi

10. La Vie

11. Chanta zannimo

12. Tonton Nwèl Dayiti

13. Chante l’Oiseau

14. Ma Prière


Album réédité en 2003.

Albums Best off

Année Titre de l'Album

1996

Ansy Dérose, les Titres d’Or (Double CD, réédité en 2003)


CD 1

1. Quo Vadis Terra

2. Testament

3. Anakaona

4. Message

5. Femme

6. Chanson pour Haïti

7. Mon Existence

8. Nou Vlé

9. Frè Dò

10. Mon Crime

11. Bonne Fête Manman

12. Brav gede

13. Thérèse

14. Naïdée

15. Ma Chanson

16. F.D.A. w anragé


CD 2

1. Ti Café

2. Laura

3. Hymne à la Jeunesse

4. Pran konsyans

5. Chacun pour soi

6. Roses Noires

7. À ma Sœur

8. Merci

9. Fanm péyi'm

10. M'anvi al lakay mwen

11. Prélude

12. Sé ou

13. Malsite

14. Toi le Musicien

15. Kouray


Contenu: 2 CD

2008

Ansy Dérose, Immortel… (Quatre CD)


CD 1

1. Chacun pour Soi

2. Laura

3. Frè Do

4. Manvi al lakay mwen

5. Kouray

6. Régina

7. Quo Vadis Terra

8. Bòn fèt Manman

9. À ma Sœur

10. Naïdée

11. Ti kafé

12. Sé ou

13. Merci

14. Roses Noires

15. Testaman

16. Message

17. Mon Existence

18. Thérèse

19. Mon Crime


CD 2

1. Anakaona

2. Mwen renmen'w

3. Ma Chanson

4. Pran konsyans

5. Prélude

6. Si Bondyé

7. Nou vlé

8. Hymme à la Jeunesse

9. Fanm péyi'm

10. Femme

11. Brav gede

12. Toi le Musicien

13. Chanson pour Haïti

14. F.D.A. w anrajé


CD 3

1. Merci

2. She

3. If You Love Me

4. Let It Be Me

5. Danny Boy

6. Memories

7. Caminito

8. Alientame

9. Sobre las alas de la canción

10. Quand mon Cœur bat la Mesure

11. Kenbe'm chéri

12. Lontan Lontan

13. Tounen

14. Tandé lanmou («Écoute l'amour»)

15. Lawomann

16. Sé frè nou yé («Nous sommes des frères»)

17. Tonton Nwèl chéri


CD 4

1. Haïti Mélodie d'Amour

2. Bèl pasé bèl

3. Kanaval-la fin pasé

4. Kiskéya, péyi pa'm

5. Anita

6. Il n'y a que Toi

7. Enfants d'Haïti

8. Ranya

9. La Vie

10. Chanté zannimo

11. Tonton Nwèl dayiti

12. Chante l'Oiseau

13. Ma Prière

14. Tezen

15. Chanson pour Haïti


dimanche 24 juillet 2022

Haïti/Culture : Hommage au mythique groupe "Les Ambassadeurs"


- 23 Juillet 1966 - 23 juillet 2022, 56 ans déjà !

 Le maestro Ernst Ménélas, virtuose du saxophone, compositeur arrangeur, qui est passé de vie à trépas, le 5 juin 2018, donna naissance, avec ses frangins, à un groupe familial et du quartier « Cité Cadet » ou « 2ème Cité Saint Martin » : « Fontana », en 1963. Prenant goût à cette enrichissante expérience de prime jeunesse, il ne tarda pas à créer à partir de l’ossature du groupe, une autre formation musicale, beaucoup plus compétitif dans le nouveau mouvement musical haïtien, les « Mini-Jazz », dénommée : « Les Ambassadeurs »,  le 23 juillet 1966 !

 Pour les fans inconditionnels et mélomanes avertis, voici les noms des musiciens ayant répondu à l’appel pour la composition de la première génération des « Ambassadeurs » : Mirville Georges (chant) - Ernst Ménélas (saxe) - Hans Félix (guitare solo) - Claude Ménélas (bassiste) - André « Deddy » Bellegarde (claviers) - Martial Telcide (batterie) - Charles Marie Robergeau (Tambour) - Kedner Rimpel (TamTam) - Robert Ménélas (Administrateur) -

   En 1969, le groupe participa aux défilés carnavalesques pour la première fois et… remporta le premier prix avec la meringue titrée « Cizo ». Tout de suite après, le sino-haïtien  Essud Funcap  fit sa rentrée, en temps que chanteur, par la grande porte, il remplaça Mirville Georges. En 1970, ce fut le tour du capois Pascal Albert, sur invitation du guitariste Hans Félix, il donna la réplique au talentueux Essud Funcap. Par expérience, Funcap chantait la meringue 1970 des Ambassadeurs, titrée “ Roméo et Juliette et mis ainsi fin à sa carrière au sein de cette formation, il eût le temps de réaliser deux (2) albums avec elle. La même année, Marc Yves Volcy fit son apparition et remplaça, au pied levé, l’incomparable Essud Funcap, à côté du désormais fameux Pascal Albert.


  Apres ce petit remaniement, la nouvelle équipe décrocha une nouvelle fois, la première place en 1971, pendant la saison carnavalesque, avec la version titrée « Que l’Eternel Dieu le Garde », s’inspirant de la mouvance politique de l’époque, avec la voix de Pascal Albert, en lead.

 Quelque temps après, le fils de Caillot fit sa rentrée, Ricardo Franck dit Ti Plume remplaça Hans Félix, à la première guitare. Le groupe commençait à faire des prestations remarquables auprès du public port-au-princien. On commença à en parler, et de ce fait, on réclamait le duo magique de ce groupe :  Pascal Albert et Marc Yves Volcy, pour leurs voix charmantes et séduisantes avec les versions douces et tendres qu’ils interprétèrent avec brio, dans les bals, ciné-festivals et kermesses, partout oû ils passèrent. De la poésie, de la romance, ils en eurent à profusion.  Le public appela la formation des Ambassadeurs « Les Romanciers de la musique haïtienne ».

  Après le départ définitif pour l’étranger de Marc Yves Volcy, qui enregistra près de 4 albums avec le groupe, ce fut la rentrée d’Henriot Leroy, qui lui succéda, toujours à côté de Pascal Albert à la fin de l’année 1972.

 On ne saurait oublier cette meringue carnavalesque chantée par Pascal Albert en 1973 : « Peze souse condansé néstle, Pese souse mini berlingot », avec les solos de Ti Plume à la première guitare et la version « Bobine » chantée par Henriot Leroy qui ont eu beaucoup de succès avec cette formation. A noter que Bobine a été reprise par plusieurs groupes et orchestres étrangers de renom, dont la légende du merengue dominicain, Johnny Ventura, qui connu un succès colossal, partout où il passa avec son orchestre.


  Nous allons maintenant faire le rappel de quelques autres chansons à succès des Ambassadeurs, dont la meringue 1972 « Mwen reviv » (A pye nou ye) chantée toujours par Pascal Albert, devant la grande « Tribune du Champs-de-Mars », sans oublier des versions telles que: Pour Toujours - Rien que toi - N’oublie jamais - Ti Fi ya - En mi viejo San Juan - 7e flotte - Tête kole – Noël - etc…. chantées par Pascal Albert et celles de Marc Yves Volcy, Elles resteront gravées dans la mémoire de la génération dorée de cette époque qui a vécue des moments inoubliables. Les Ambassadeurs ont fait pleurer, rire et surtout ils étaient les catalyseurs et leitmotiv de plusieurs mariages et ruptures sentimentales avec leurs boléros magistralement exécutés. On les surnommait, les rois des boléros.

  NB- Après feu Ernst Ménélas et Claude Ménélas, Pascal Albert reste l’enseigne lumineuse et reste, restera, n’en déplaise aux autres vocalistes, pour qui nous avons le plus grand respect, le chanteur fétiche de tous les temps de « L’horizon de l’An deux milles- les Ambassadeurs ».

 Treize (13) albums chantés par Pascal Albert – deux (2) par Essud Funcap - Quatre (4) par Marc Yves Volcy - Trois (3) par Henriot Leroy et Un (1) par Hamerton Lilavois -

  Les Ambassadeurs ont produits, en tout, seize (16) albums sur la scène musicale haïtienne de 1969 à 1981.

 Cinquante six (56) ans après, cette formation musicale, s’il existait toujours, célèbrerait ses cinquante-six (56) bougies.

 Bonne fête à tous les anciens musiciens et fans du légendaire groupe : « Les Ambassadeurs »

 

 

 Crédit : Anthony Lamothe avec Radio Nostalji-Ayiti

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dimanche 17 juillet 2022

Il était une fois le D.P. Express!


 Le DP Express démarra sur les chapeaux de roues. Dès le départ, les qualificatifs élogieux ne manquèrent pas et fusèrent de partout: "Le Train", "l'Express-moteur", etc...

Le D. P. Express !... Si ce groupe existait toujours, il aurait, ce dimanche 17 juillet 2022, 46 ans, sur la scène musicale haïtienne. 

Au milieu des années 1970, parmi nos mini- Jazz, sortait de la matrice du groupe "Les Difficiles de Petion-ville", une nouvelle formation musicale, dénommée:  “D.P. Express", après des désaccords entre quelques musiciens du légendaire "Les Difficiles de Pétion-Ville". 

Le chanteur-manager-guitariste-maestro (excusez du peu !), Henri Célestin et Emmanuel "Mama" Charles à la guitare rythmique n’ont pas pu répondre à l'appel, en vue de donner naissance à la nouvelle formation musicale, issue des fameux "Les Difficiles de Pétion-Ville". 

Tout de suite après leur création, le 17 juillet 1976, le "D.P. Express" commença, timidement, ses prestations chaque dimanche matin, dans le prestigieux et mythique Club "Cabane Choucoune", au cœur de Pétion-Ville, à l'époque, ville très huppée d'Haïti.


Pour cette nouvelle aventure et la p'tite histoire... Citons, pour commencer, les noms de ces premières légendes (car il y en aura d'autres) du "Train": 

Eddy Wooley (guitariste soliste), Maestro - Claude Marcelin  (guitare rythmique) - Jean Robert Hérissé "Porky" (guitare basse) - Erve Bléus "Boulou"  (lead vocal) - Lesly Dauphin (chanteur/chœur) - Ernst Georges  (Trombone) - Frantz Pierre Gilles (Trompette) - Almando Keslin (Batterie) - Pierrot Kersaint

(Tambour) - Philippe Denis (Gong) - Claudy Fremont (Claviers) - Raoul Denis, Jr. (Claviers).

 Ces musiciens donnèrent leurs premières prestations au niveau du grand public haïtien,  pour le saison carnavalesque de février 1977. Ce fût un super baptême de feu réussi. Ils obtinrent le deuxième prix avec leur très populaire et entrainante  meringue: “Souke kò w, souke kò w" “. 

ils célébrèrent ce grand succès inattendu au prestigieux night club "Chez Maxime's", sur la route de l’aéroport international de Port-au-Prince; ce jour-là, il ont mis les bouchées doubles, le maître de cérémonie fût le très fougueux et éloquent animateur de musique haïtienne de l’époque, à Radio Port-au-Prince, le boute-en-train, Jacques Sampeur. 


Le staff management du D.P Express n'y allait pas de main morte, il prenait les choses très au sérieux. Dès les premières apparitions de leur orchestre sur la scène musicale, il  envoya deux (2) musiques sur bande magnétique, en rotation, dans les stations de radios (AM)/ (la bande FM étant à ses premiers balbutiement) de la capitale haïtienne et des villes de province: «M pa pran kontak" et "Aprann pale". Dès leurs premières diffusions, ces chansons connurent une audience extraordinaire auprès des auditeurs et auditrices. 

Après la sortie du premier disque (LP/33 Tours), le "DP" connu un succès retentissant qui attira la jeunesse de toutes les couches sociales de la zône métropolitaine de Port-au-Prince. Chaque dimanche matin à Cabane Choucoune: Le rendez-vous incontournable. 

Le second album du DP Express fît sa sortie dans les bacs en Décembre 1977, avec les inoubliables hits suivants : 

●Pale Pale w  

●Vérité (zél zapat) 

●Oua coûte conseil 

●Liberté 

●Croix Pam  

●L’amiral 


"L' Amiral déclencha les hostilités qui déclenchèrent la grande polémique avec leur grand rival, le "Scorpio Universel" du virtuose  de la guitare, le Maestro Robert Martino.

 En 1978, leur troisième volume fít son apparition avec les nouveaux succès: 

●Grand Vent 

●Tripotage 

●Zafè w- 

●Vini danse 

●D.P. disco 

Avec la sortie de ce nouvel opus, l' "Express-moteur" connu l’arrivée de nouvelles têtes, qui seront plus tard de futures légendes du Compas. Pour vous rafraichir la mémoire, voici leurs noms: Adonys Joseph Python (Trompette) - Oswald Durand Junior aka "Ti-flûte" (Flûte) - Reynald Valmé (Tambour) - Marc Bellande Jacquet aka "Choupit" (Gong)...

Un autre 33 tours de transition fît une apparition fracassante dans le monde musical haïtien:

●Nou Retounin

●D.P. Fever (N' Enrage)

●Min Zin

●Voye'm La Caille Moin

●Realite

●Otencia

 Après l’enregistrement de ce 4ème album, titré "Nou retounin" en 1979 et la rentrée d’Antoine Rossini Jean-Baptiste aka "Ti-Manno", qui devait remplacé Herve Bléus "Boulou" et Wilfrid Lafond, ex-guitariste des "Deutz" de Delmas qui remplaça Ti-Claude Marcelin à la deuxième guitare, ce dernier devait faire le voyage inévitable pour les États-Unis. 

Après la saison carnavalesque de 1979, la rentrée d’Ignace Evens dit Pemm, à la deuxième guitare, succéda à Wilfrid Lafond; Serge Colin à la Trompette et Perez J. Alvarez, comme choriste.

 A quelque chose malheur est bon. Après le passage du cyclône David sur le pays, le 30 Août 1979, ces messieurs du D.P Express eurent des inspirations de génie, en composant deux (2) superbes chansons qui connurent un succès à nul autre pareil, tant en Haïti qu'à l’étranger «E E E E" et... le fameux "David" que toutes les stations de la capitale diffusaient à longueur de journée et toute la nuit...24/24.

À partir de ces smash hits-là, l'orchestre faisaient l’actualité au point de vue musicale. Partout on réclamait que le D.P. Express, jusqu’à la date de la sortie de leur cinquième volume, en Juillet 1980, où toutes les compositions gravées sur ce volume étaient des tubes incontournables, y compris leur meringue carnavalesque “Sèso”. 

 Ils décrochèrent la première place pour le carnaval de cette année-là.

Dorénavant, chaque dimanche après-midi le lieu de rendez-vous était au Casino International d'Haïti, au "Bicentenaire" de Port-au-Prince. 

En 1981, ce fût au tour du bas de la rue des Casernes d'acceuillir, le D.P Express, au Club “C’est mon Étoile” où Ti Manno devait faire sa dernière prestation avec eux, en chantant la musique “Grâce“, après la saison carnavalesque 1981 où la meringue “Biberon “, la plus populaire de l’année 1981, faisait la pluie et le beau temps. 

Bénito Philogene aka "Bénito d'Haïti", succéda à Ti Manno. Notons également l’arrivée de la légende Pascal Albert, ex-chanteur du mythique des frères Ménélas "Les Ambassadeurs" et Louis Lionel Louis Jeune à la Trompette. 

Rappelez-vous, la sortie de leur sixième (6ème) album, avec des chansons à succès telles que: 

●Réfléchi

●La Vie

●Biberon

●Tandé Yo

●Bann Nan Chaud et... 

●Grâce... remaniée et rechantée par Pascal Albert à l’occasion de Festi-Vacances, chaque Dimanche au "Gymnasium Jean-Claude Duvalier" de la ruelle Romain (Port-au-Prince), pendant la période des grandes vacances d'été.

En 1982, avec l’apparition de Gary Shore au saxe - Louis Lionel Siméon (Trombone) - Immgart Manigat (Chant) - Edner Couloute à la Batterie et Hantz Mercier au Clavier. Ils enregistrèrent leur septième (7ème) volume où la chanson “Inconsience” tenait la première place au hit parade de Radio Métropole, chaque dimanche matin, pendant un mois et demi. 

En 1983, la sortie de leur huitième volume avec la musique “Barrière“ tenait aussi la première place pendant un mois. Notons la participation de Mario Germain à la guitare basse. 

En 1984, leur neuvième (9ème) volume fît son apparition. Dieujuste Polinice Nozil dit "Ti Police", à la deuxième guitare et Iforvil Similien au saxo, firent les beaux jours du Train. 

En 1986, de nouveaux musiciens enregistrèrent le dixième (10ème) volume du groupe, avec les noms suivants: Dieudonné Larose (chant) - Rony Metellus (chant) - Pierre Dumarais Louis Jacques dit Dumas (chant) - Jean Ronald Nelson (Trombone) - Gabriel Morin (2ème guitare) - Ronald Michel Nivrose  (Batterie) - et Johnson Jean Philippe (clavier)

 Citons quelques lieux et endroits célèbres dans la zône métropolitaine de Port-au-Prince, où le D.P Express se produisit durant ces periodes fastes de la musique haïtienne:

 Cabane Choucoune (Pétion-Ville) - Djumbala NightClub (Frères, Pétion-Ville) - Chez Maxime (Route de l’aéroport international) - Casino International (Bicentenaire) - École  Catts Pressoir (Avenue Martin Luther King) - Christopher Hôtel (Bourdon) - Le  Ranch de La Croix des Bouquets - C’est mon Étoile (Rue des Casernes) - Le Fann club d’Ansyto Mercier (Rue Dr. Audain) - Olympia (Bon repos/Plaine du Cul-de-Sac) - Lambi night-club (Mariani/Carrefour) - etc...

 N.B.- A la fin des années 1980, de 1987 à 1990 le D.P.Express n’a pu produire d'autres albums. Mais d’autres compositions enregistrées sur bandes magnétiques poursuivaient nonchalamment  leur petit bonhomme de chemin à travers tout le pays. Ces chansons enregistrées clandestinnement par des pirates, en profitaient à plusieurs marchands de musique qui faisaient leur beurre au détriment des ayants droit. On vendait ces cassettes, comme des p'tits pains chauds à des chauffeurs de bus de Carrefour, de Carrefour-feuilles, de Delmas, de Pétion-Ville, etc... à travers les rues de la zône métropolitaine de Port-au-Prince et d'autres villes du pays.

  En 1991, l'infatigable manager Nassim "Papite" Halloun reforma le groupe intégralement avec la rentrée d’Eric Charles - Madsen - Dejean - Chikore - ect... et produisit le onzième et dernier volume du D.P. Express avec des titres tels que: 

●D.P. Tounin 

●Zinglindo  

●Ouale, ect... 

Le D.P.Express et ses musiciens ont bel et bien bouclés leurs carrières musicales sur la scène jusqu’en 1993, après la saison carnavalesque où ils ont obtenu la deuxième (2ème) place avec la voix du chanteur Eric Charles, regretté disparu.


 ils ont bien gagné leurs places, auprès de leurs  fanatiques et surtout les amants de la bonne musique. Les mélomanes avertis et les autres professionnels de la musique et des teasers de la musique dansante haïtienne, tant de la diaspora et d'Haïti, les mélomanes antillais et d'autres nationalités ont su apprécier le D.P Express à sa juste valeur. 

Ces musiciens ont tenu de très haut, en terre étrangère, le flambeau du Compas.

Joignons-nous aux milliers de fans nostalgiques, de par le monde, pour souhaiter un joyeux 46 ème anniversaire au DP Express. Qu'il renaisse de ses cendres, pour le bonheur des amants de la bonne musique dansante haitienne...

Bonne Fête et ad multos annos, D.P Express !


Crédit: Anthony Lamothe avec Radio Nostalji-Ayiti