dimanche 17 juillet 2022

Il était une fois le D.P. Express!


 Le DP Express démarra sur les chapeaux de roues. Dès le départ, les qualificatifs élogieux ne manquèrent pas et fusèrent de partout: "Le Train", "l'Express-moteur", etc...

Le D. P. Express !... Si ce groupe existait toujours, il aurait, ce dimanche 17 juillet 2022, 46 ans, sur la scène musicale haïtienne. 

Au milieu des années 1970, parmi nos mini- Jazz, sortait de la matrice du groupe "Les Difficiles de Petion-ville", une nouvelle formation musicale, dénommée:  “D.P. Express", après des désaccords entre quelques musiciens du légendaire "Les Difficiles de Pétion-Ville". 

Le chanteur-manager-guitariste-maestro (excusez du peu !), Henri Célestin et Emmanuel "Mama" Charles à la guitare rythmique n’ont pas pu répondre à l'appel, en vue de donner naissance à la nouvelle formation musicale, issue des fameux "Les Difficiles de Pétion-Ville". 

Tout de suite après leur création, le 17 juillet 1976, le "D.P. Express" commença, timidement, ses prestations chaque dimanche matin, dans le prestigieux et mythique Club "Cabane Choucoune", au cœur de Pétion-Ville, à l'époque, ville très huppée d'Haïti.


Pour cette nouvelle aventure et la p'tite histoire... Citons, pour commencer, les noms de ces premières légendes (car il y en aura d'autres) du "Train": 

Eddy Wooley (guitariste soliste), Maestro - Claude Marcelin  (guitare rythmique) - Jean Robert Hérissé "Porky" (guitare basse) - Erve Bléus "Boulou"  (lead vocal) - Lesly Dauphin (chanteur/chœur) - Ernst Georges  (Trombone) - Frantz Pierre Gilles (Trompette) - Almando Keslin (Batterie) - Pierrot Kersaint

(Tambour) - Philippe Denis (Gong) - Claudy Fremont (Claviers) - Raoul Denis, Jr. (Claviers).

 Ces musiciens donnèrent leurs premières prestations au niveau du grand public haïtien,  pour le saison carnavalesque de février 1977. Ce fût un super baptême de feu réussi. Ils obtinrent le deuxième prix avec leur très populaire et entrainante  meringue: “Souke kò w, souke kò w" “. 

ils célébrèrent ce grand succès inattendu au prestigieux night club "Chez Maxime's", sur la route de l’aéroport international de Port-au-Prince; ce jour-là, il ont mis les bouchées doubles, le maître de cérémonie fût le très fougueux et éloquent animateur de musique haïtienne de l’époque, à Radio Port-au-Prince, le boute-en-train, Jacques Sampeur. 


Le staff management du D.P Express n'y allait pas de main morte, il prenait les choses très au sérieux. Dès les premières apparitions de leur orchestre sur la scène musicale, il  envoya deux (2) musiques sur bande magnétique, en rotation, dans les stations de radios (AM)/ (la bande FM étant à ses premiers balbutiement) de la capitale haïtienne et des villes de province: «M pa pran kontak" et "Aprann pale". Dès leurs premières diffusions, ces chansons connurent une audience extraordinaire auprès des auditeurs et auditrices. 

Après la sortie du premier disque (LP/33 Tours), le "DP" connu un succès retentissant qui attira la jeunesse de toutes les couches sociales de la zône métropolitaine de Port-au-Prince. Chaque dimanche matin à Cabane Choucoune: Le rendez-vous incontournable. 

Le second album du DP Express fît sa sortie dans les bacs en Décembre 1977, avec les inoubliables hits suivants : 

●Pale Pale w  

●Vérité (zél zapat) 

●Oua coûte conseil 

●Liberté 

●Croix Pam  

●L’amiral 


"L' Amiral déclencha les hostilités qui déclenchèrent la grande polémique avec leur grand rival, le "Scorpio Universel" du virtuose  de la guitare, le Maestro Robert Martino.

 En 1978, leur troisième volume fít son apparition avec les nouveaux succès: 

●Grand Vent 

●Tripotage 

●Zafè w- 

●Vini danse 

●D.P. disco 

Avec la sortie de ce nouvel opus, l' "Express-moteur" connu l’arrivée de nouvelles têtes, qui seront plus tard de futures légendes du Compas. Pour vous rafraichir la mémoire, voici leurs noms: Adonys Joseph Python (Trompette) - Oswald Durand Junior aka "Ti-flûte" (Flûte) - Reynald Valmé (Tambour) - Marc Bellande Jacquet aka "Choupit" (Gong)...

Un autre 33 tours de transition fît une apparition fracassante dans le monde musical haïtien:

●Nou Retounin

●D.P. Fever (N' Enrage)

●Min Zin

●Voye'm La Caille Moin

●Realite

●Otencia

 Après l’enregistrement de ce 4ème album, titré "Nou retounin" en 1979 et la rentrée d’Antoine Rossini Jean-Baptiste aka "Ti-Manno", qui devait remplacé Herve Bléus "Boulou" et Wilfrid Lafond, ex-guitariste des "Deutz" de Delmas qui remplaça Ti-Claude Marcelin à la deuxième guitare, ce dernier devait faire le voyage inévitable pour les États-Unis. 

Après la saison carnavalesque de 1979, la rentrée d’Ignace Evens dit Pemm, à la deuxième guitare, succéda à Wilfrid Lafond; Serge Colin à la Trompette et Perez J. Alvarez, comme choriste.

 A quelque chose malheur est bon. Après le passage du cyclône David sur le pays, le 30 Août 1979, ces messieurs du D.P Express eurent des inspirations de génie, en composant deux (2) superbes chansons qui connurent un succès à nul autre pareil, tant en Haïti qu'à l’étranger «E E E E" et... le fameux "David" que toutes les stations de la capitale diffusaient à longueur de journée et toute la nuit...24/24.

À partir de ces smash hits-là, l'orchestre faisaient l’actualité au point de vue musicale. Partout on réclamait que le D.P. Express, jusqu’à la date de la sortie de leur cinquième volume, en Juillet 1980, où toutes les compositions gravées sur ce volume étaient des tubes incontournables, y compris leur meringue carnavalesque “Sèso”. 

 Ils décrochèrent la première place pour le carnaval de cette année-là.

Dorénavant, chaque dimanche après-midi le lieu de rendez-vous était au Casino International d'Haïti, au "Bicentenaire" de Port-au-Prince. 

En 1981, ce fût au tour du bas de la rue des Casernes d'acceuillir, le D.P Express, au Club “C’est mon Étoile” où Ti Manno devait faire sa dernière prestation avec eux, en chantant la musique “Grâce“, après la saison carnavalesque 1981 où la meringue “Biberon “, la plus populaire de l’année 1981, faisait la pluie et le beau temps. 

Bénito Philogene aka "Bénito d'Haïti", succéda à Ti Manno. Notons également l’arrivée de la légende Pascal Albert, ex-chanteur du mythique des frères Ménélas "Les Ambassadeurs" et Louis Lionel Louis Jeune à la Trompette. 

Rappelez-vous, la sortie de leur sixième (6ème) album, avec des chansons à succès telles que: 

●Réfléchi

●La Vie

●Biberon

●Tandé Yo

●Bann Nan Chaud et... 

●Grâce... remaniée et rechantée par Pascal Albert à l’occasion de Festi-Vacances, chaque Dimanche au "Gymnasium Jean-Claude Duvalier" de la ruelle Romain (Port-au-Prince), pendant la période des grandes vacances d'été.

En 1982, avec l’apparition de Gary Shore au saxe - Louis Lionel Siméon (Trombone) - Immgart Manigat (Chant) - Edner Couloute à la Batterie et Hantz Mercier au Clavier. Ils enregistrèrent leur septième (7ème) volume où la chanson “Inconsience” tenait la première place au hit parade de Radio Métropole, chaque dimanche matin, pendant un mois et demi. 

En 1983, la sortie de leur huitième volume avec la musique “Barrière“ tenait aussi la première place pendant un mois. Notons la participation de Mario Germain à la guitare basse. 

En 1984, leur neuvième (9ème) volume fît son apparition. Dieujuste Polinice Nozil dit "Ti Police", à la deuxième guitare et Iforvil Similien au saxo, firent les beaux jours du Train. 

En 1986, de nouveaux musiciens enregistrèrent le dixième (10ème) volume du groupe, avec les noms suivants: Dieudonné Larose (chant) - Rony Metellus (chant) - Pierre Dumarais Louis Jacques dit Dumas (chant) - Jean Ronald Nelson (Trombone) - Gabriel Morin (2ème guitare) - Ronald Michel Nivrose  (Batterie) - et Johnson Jean Philippe (clavier)

 Citons quelques lieux et endroits célèbres dans la zône métropolitaine de Port-au-Prince, où le D.P Express se produisit durant ces periodes fastes de la musique haïtienne:

 Cabane Choucoune (Pétion-Ville) - Djumbala NightClub (Frères, Pétion-Ville) - Chez Maxime (Route de l’aéroport international) - Casino International (Bicentenaire) - École  Catts Pressoir (Avenue Martin Luther King) - Christopher Hôtel (Bourdon) - Le  Ranch de La Croix des Bouquets - C’est mon Étoile (Rue des Casernes) - Le Fann club d’Ansyto Mercier (Rue Dr. Audain) - Olympia (Bon repos/Plaine du Cul-de-Sac) - Lambi night-club (Mariani/Carrefour) - etc...

 N.B.- A la fin des années 1980, de 1987 à 1990 le D.P.Express n’a pu produire d'autres albums. Mais d’autres compositions enregistrées sur bandes magnétiques poursuivaient nonchalamment  leur petit bonhomme de chemin à travers tout le pays. Ces chansons enregistrées clandestinnement par des pirates, en profitaient à plusieurs marchands de musique qui faisaient leur beurre au détriment des ayants droit. On vendait ces cassettes, comme des p'tits pains chauds à des chauffeurs de bus de Carrefour, de Carrefour-feuilles, de Delmas, de Pétion-Ville, etc... à travers les rues de la zône métropolitaine de Port-au-Prince et d'autres villes du pays.

  En 1991, l'infatigable manager Nassim "Papite" Halloun reforma le groupe intégralement avec la rentrée d’Eric Charles - Madsen - Dejean - Chikore - ect... et produisit le onzième et dernier volume du D.P. Express avec des titres tels que: 

●D.P. Tounin 

●Zinglindo  

●Ouale, ect... 

Le D.P.Express et ses musiciens ont bel et bien bouclés leurs carrières musicales sur la scène jusqu’en 1993, après la saison carnavalesque où ils ont obtenu la deuxième (2ème) place avec la voix du chanteur Eric Charles, regretté disparu.


 ils ont bien gagné leurs places, auprès de leurs  fanatiques et surtout les amants de la bonne musique. Les mélomanes avertis et les autres professionnels de la musique et des teasers de la musique dansante haïtienne, tant de la diaspora et d'Haïti, les mélomanes antillais et d'autres nationalités ont su apprécier le D.P Express à sa juste valeur. 

Ces musiciens ont tenu de très haut, en terre étrangère, le flambeau du Compas.

Joignons-nous aux milliers de fans nostalgiques, de par le monde, pour souhaiter un joyeux 46 ème anniversaire au DP Express. Qu'il renaisse de ses cendres, pour le bonheur des amants de la bonne musique dansante haitienne...

Bonne Fête et ad multos annos, D.P Express !


Crédit: Anthony Lamothe avec Radio Nostalji-Ayiti 

dimanche 10 juillet 2022

Parisien Fils-Aimé, plus d’un demi-siècle au service de la musique haïtienne


Il s’appelle Parisien Fils-Aimé. Son nom peut ne rien évoquer pour les moins de vingt ans. Cependant c’est l’un des doyens de la musique haïtienne. Au sein de l’Orchestre Tropicana d’Haïti, il chante depuis plus d’un demi-siècle. Depuis le 4 novembre 1966, plus précisément. Qui est cet homme qui sera à l’honneur le samedi 9 juillet 2022 lors de la 17e édition du gala « Le grand Nord en soirée » animé par Klass et l’Orchestre Tropicana d’Haïti à Miami ?

« Promettez-moi de ne pas me poser des questions auxquelles je ne pourrai pas répondre », prévient-il timidement avant même que l’on ne commence cet entretien téléphonique. Visiblement, cet homme de la scène dont la voix et la plume ont porté plusieurs des musiques qui nous font danser n’est pas un habitué des médias. Il joue prudence et circonspection. 

Grand mélomane, Parisien Fils-Aimé naît le 8 avril 1947 au Cap-Haïtien. « Je n’ai pas grandi dans un environnement musical comme beaucoup d’autres. Je n’étais ni enfant de cœur ni membre d’une chorale. Mais chez moi, il y avait un poste de radio. J’écoutais religieusement de la musique et je connaissais tous les chanteurs à la mode », se souvient M. Parisien. 

S’il n’est pas allé à la musique, cette dernière est pourtant venue à lui. Tandis qu’il va passer des vacances au Borgne, il fait la connaissance de « Avenir des jeunes », un groupe de vacances. « Je les regardais interpréter certains morceaux et je leur ai dit : « Ce ne sont pas du tout les paroles que vous dites ."J’en étais certain parce que j’avais l’habitude d’écouter à la radio les chansons que le groupe interprétait. C’est alors qu’ils m’ont proposé de venir les aider ». Il accepte volontiers ! 

Ainsi débute sa carrière musicale, mais c’est au sein de l’Orchestre Tropicana d’Haïti qu’il fera ses vraies armes. En 1966, Adrien Pierre, un des anciens chanteurs de Karayib, le groupe ancêtre de Tropicana lui demande s’il ne serait pas intéressé à chanter pour l’orchestre. C’est une occasion en or pour celui qui a toujours voué une admiration à Tropicana, la Fusée d’or internationale, fondée en 1963.

Après la rencontre et convaincu de son talent, on lui propose de venir suivre les séances de répétition. À cette époque, Charles Pierre Noël était le maestro et directeur musical de l’orchestre. Son heure vient le 4 novembre 1966. Il doit remplacer sur scène un des chanteurs qui était tombé malade. Trois ans plus tard, il trouve sa place comme chanteur attitré de l’Orchestre, remplaçant Gérard Michel qui lui-même s’occupera beaucoup plus de la sonorisation de l’orchestre. Giordany Joseph et Paul Edouard Jean le rejoindront un peu plus tard. 

Outre les chansons qu’il interprète, on lui doit aussi plusieurs compositions telles que « Plante pye bwa », « Je t’aime » « Nou refize granmoun », « Ti madanm », « An al pi fon », « Mwen sonje w cheri », « Poukisa », « Malonèt kache ». Il se rappelle l’un des premiers succès carnavalesques de l’orchestre qui leur permet en 1969-1970 de séduire un plus large public. « Après cette meringue, on est rentré à Port-au-Prince, à l’invitation du groupe les Dragons pour une prestation au lycée Toussaint Louverture », ajoute-t-il, rappelant cette étape charnière pour le groupe. Mais son meilleur souvenir avec Tropic remonte à 1973, l’année à laquelle le groupe part en tournée à l’étranger pour la première fois. « C’était mon premier voyage, je n’ai jamais oublié ce moment », confie Parisien Fils-Aimé.

56 ans après, l’Orchestre Tropicana est devenu pour lui une seconde famille. Il y a eu certes des petits démêlés, comme dans toute grande famille, mais l’aventure ne s’est pas arrêtée pour autant. « En tant que musiciens, nous passons plus de temps ensemble qu’avec les membres de nos familles », explique-t-il. Avec un calendrier très serré et des dates bien établies depuis des années, l’Orchestre parcourt le pays et honore des soirées un peu partout en Haïti aussi bien qu’à l’étranger. Noël ou nouvel an, micro en main, ce musicien, homme marié, père et grand-père fait danser les fans. Certes la pandémie et l’insécurité en Haïti ont affecté l’industrie du divertissement mais la machine Tropic continue de tourner. 

Mais comment et pourquoi donner plus de 50 années de sa vie à la musique, à un groupe ? « Ma génération avait le sens du sacrifice. Nous étions prêts à donner le meilleur de nous-mêmes pour tenir tête à nos adversaires », s'enorgueillit-il. L’adversaire dont il parle - sans aucune mauvaise foi bien entendu - n’est autre que l’Orchestre Septentrional d’Haïti. Fondé 15 ans avant Tropicana, il a toujours existé une saine polémique entre ces deux orchestres du Nord. Face à un challenger de taille, il fallait être ambitieux et c’était un des moteurs qui les poussait à aller de l’avant. 

Pour Parisien Fils-Aimé, outre le fait que l’Orchestre Tropicana fonctionne comme une véritable institution qui permet à chacun de ses membres de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, il y a aussi un fort sentiment d’appartenance. Les gens du Nord, dit-on, sont fidèles à leurs amours. « Si on aime, on aime. Si on n’aime pas on n’aime pas. Nous demeurons attachés à ce que nous sommes. Menm si l ap kraze, n ap ret la », avance M. Fils-Aimé.

Grand fan de football, le chanteur nous confie qu’il est resté attaché au Brésil et au football sud-américain en général sans pour autant négliger le football local. « Mon équipe n’existe plus. C’était Vertières. Je supportais cette équipe parce qu’elle a subi les mêmes choses que l’on a faites à Tropicana. On les a maltraités, mais c’était une équipe qui avait beaucoup d’orgueil et qui a battu presque toutes les autres », assure-t-il non sans fierté. Même s’il ne cite pas nommément ses groupes et artistes préférés pour ne pas créer de jaloux, on sait au moins qu’il adore écouter le jazz et la musique country pour s’endormir. 

À deux jours de cette soirée d’hommage, Parisien Fils-Aimé ne cache pas ses sentiments. « J’apprécie énormément ce geste. C’est la première fois que je serai à l’honneur. Je suis tout ému, je ne sais même pas comment réagir. Je suis heureux de savoir que d’autres musiciens que je n’ai pas vus depuis longtemps seront aussi là. Franchement, je n’ai qu’à dire merci. Merci … parce qu'ici on a tendance à attendre la disparition des gens pour leur rendre hommage », déplore Parisien Fils-Aimé, la voix remplie d’émotions.


Crédit: Winnie Hugot Gabriel

mardi 28 juin 2022

Félix Lamy : Le mystère demeure, près de 31 ans après !


On est le mardi 10 décembre 1991. Haïti connaît une nouvelle période difficile avec un énième coup d’État militaire qui a délogé quelques mois plus tôt Jean-Bertrand Aristide, pourtant premier président à être démocratiquement élu. Malgré les risques et les menaces que font peser les militaires sur les journalistes, Félix Lamy n’entend pas céder à la pression. Homme à principes et professionnel jusqu’au bout des ongles, Félix se rend à Radio Galaxie (au bas de la rue Pavée à Port-au-Prince) en étant conscient qu’il peut être pris pour cible par les militaires à tout moment. Et c’est dans son amour pour son pays et ses auditeurs qu’il trouve le courage pour continuer dans sa noble mission.

Alors qu’il s’apprête à prendre l’antenne, sept hommes armés débarquent à la station de radio qu’ils prennent soin de saccager tout en tirant à balles réelles. Lorsqu’ils tombent sur le journaliste, ils le menottent avant de l’embarquer sans ménagement dans une jeep, pour le transférer ensuite dans une autre voiture vers une destination inconnue. C’est la dernière fois qu’on allait voir Félix Lamy vivant! Jusqu’à aujourd’hui, on ne sait toujours pas ce qui est advenu de lui, d’autant plus que son corps n’a jamais été retrouvé. Une souffrance de plus pour sa famille, ses proches et ses admirateurs qui s’accrochent à un mince espoir de pouvoir le retrouver vivant un jour.

Mais pourquoi tant de haine envers un homme, un vrai, dont le chauvinisme et le patriotisme lui ont valu bien des ennuis avec les renégats aigris qui depuis toujours empoisonnent notre pays. Pour ceux qui ne croient pas aux coïncidences, l’enlèvement de Félix est intervenu peu de temps après que sa radio ait diffusé un reportage au vitriol sur le chef de la police de Port-au-Prince de l’époque, le colonel Michel François (qui s’est depuis réfugié au Honduras où il est décédé en 2017). Les militaires, bien sûr, réfutent toute implication dans la disparition de Félix Lamy, bien que ce dernier ne soit pas en odeur de sainteté avec eux.

Si les regards se sont immédiatement tournés vers les hauts gradés de l’Armée d’Haïti, notamment le Général Raoul Cédras (aujourd’hui exilé au Panama où il coule des jours paisibles), c’est parce que les militaires ont cherché au lendemain du coup d’État du 30 septembre 1991 à museler toute voix dissidente. Les journalistes ont donc été pris pour cibles dès le départ afin d’étouffer toute critique. Ainsi, le directeur de la radio Caraibes, Jacques Gary Siméon, alias Jacky Caraïbes, a perdu la vie au nom de la liberté d’expression. Malgré les risques, Félix Lamy a préféré faire face avec courage au lieu de fuir son pays.

Félix Lamy avait une passion pour son métier comme on en voit peu. Il a débuté très jeune dans la radiodiffusion à Radio Nouveau Monde. Mais c’est au début des années 80, au sein de la Radio Nationale d’Haïti, que sa popularité va connaître une forte hausse. Bénéficiant de la couverture nationale de la nouvelle chaîne radiophonique gouvernementale, la 4VRD, Félix Lamy s’est brillamment façonné une image de farouche défenseur du “konpa dirèk”, s’élevant contre toute influence externe de l’époque susceptible de le rendre vulnérable, dont la musique zouk qui tenta à un certain moment d’envahir les ondes haïtiennes pour éclipser ce rythme créé par l’immortel saxophoniste Nemours Jean Baptiste et ses partenaires.

Et c’est là tout le mérite de Félix Lamy. En plus d’être un critique franc et direct qui n’y allait pas par quarte chemins pour dire ce qu’il avait à dire, Félix était également un visionnaire. Il voyait que le compas était un bien immatériel qui pouvait faire rayonner Haïti à l’échelle internationale, un peu comme le reggae est devenu le porte-drapeau culturel de la Jamaïque, ou la samba pour le Brésil. Félix Lamy avait dès l’époque senti la puissance que pouvait apporter la musique à une nation, ce qu’on appelle aujourd’hui le soft-power culturel, utilisé par des nations comme la Corée du Sud qui essaie d’utiliser la K-pop comme soutien à sa diplomatie. Malheureusement, et comme c’est souvent le cas, les génies d’aujourd’hui ne sont compris que des décennies plus tard.

Le rêve de Félix Lamy était donc d’utiliser sa popularité grandissante pour inciter les jeunes musiciens de la génération des années 80 à consolider ce rythme créé au tournant des années 50, le tout sous la bienveillance du pouvoir en place. Sauf que les troubles survenus le 7 février 1986 avec la chute du régime des Duvalier allaient chambouler ses plans, mettant en péril ses projets encore en pleine gestation.

Doté d’une grande intelligence et réactif, Félix a vite compris que c’était le moment de sauter le pas et d’aller dans le privé pour gagner une certaine indépendance. C’est ainsi qu’il s’est allié à d’autres investisseurs, dont le Dr. Yves ‘Dadou’ Jean Bart, pour créer Radio Galaxie. Et comme la chance sourit à ceux qui osent, Radio Galaxie s’est adjugée la part de lion au niveau de l’audience, à un moment où les Haïtiens étaient affamés de nouveaux programmes, et où le Konpa reprenait du poil de la bête. Autant dire que le timing était parfait et tous les ingrédients étaient réunis pour un succès assuré!

Si Félix Lamy était si adulé par ses auditeurs, c’est parce que le bonhomme était pétri de talent et avait un grand charisme. Il dégageait une telle énergie vocale derrière le micro que personne n’y restait insensible. Mieux, la pertinence de ses critiques fait qu’il s’est imposé tout naturellement comme un juge incontournable dans le domaine musical. Le disparu émettait des jugements de valeur sur les productions des groupes musicaux. Cela était intimement lié à son Trade-mark de défenseur du konpa. Bien évidemment, un tel rôle n’était pas sans risque pour le natif des Gonaïves, dans la mesure où il s’exposait à la hargne des musiciens et des fans qui ne partageaient pas ses opinions. Ainsi, certains, y compris des musiciens vedettes de formations musicales de grande influence de l’époque, avaient, plus d’une fois, reproché à Félix de confondre parti-pris et défense du konpa.

Qu’on soit pour ou contre, ce qui est sûr, c’est que Félix Lamy ne lassait personne indifférent. Sa voix chaude et son timbre si particulier dans les spots publicitaires annonçant les événements à venir, particulièrement les affiches des soirées dansantes, étaient une garantie de succès. L’homme avait divinement maîtrisé son micro, au point de faire école. Depuis, il fut beaucoup imité, mais jamais égalé.

Son slogan “Au Pas avec le Compas” restera à jamais une œuvre d’art radiophonique. Et que dire de son spot pour le compte de sa station « Radio Galaxie que vous écoutez en ce moment est une révolution en matière de radiodiffusion en Haïti. Galaxie a choisi pour vous des équipements futuristes, jamais introduits en Haïti au paravant…………C’est pourquoi les ondes de Galaxie vont plus loin et sont d’une qualité n’ayant rien à envier à ce qui se fait de mieux dans le monde…. le nord, le sud, l’est et l’ouest….. ». Les puristes se souviendront tout simplement du jingle « Galaxiiiiie !!!… Galaxiiiiie !!! » qui fait désormais partie de l’inconscient de toute une génération d’Haïtiens.

À l’époque, son émission matinale 10hr-12hr faisait bouger tout Port-au-Prince. De même, Félix Lamy a introduit un nouveau concept, celui de la diffusion de performances musicales en direct (live), notamment dans les night clubs, grâce à sa complicité avec son metteur en onde Marc-Arthur. En outre, son émission hebdomadaire “Petit Bal du samedi Soir” prenait également presque toute l’audience compas en otage de 7 heures du soir à minuit.

Tous ces souvenirs joyeux nous rappellent à quel point Félix Lamy était présent dans nos vies. En quelque sorte, c’était un membre à part entière de centaines de milliers de ménages en Haïti. Et en tant que membre de notre famille justement, nous ne pouvons qu’avoir une pensée en ce mois de décembre 2021à sa femme Raymonde et ses deux enfants, Rachelle et Patrick, qui gardent toujours espoir malgré les années qui défilent.

Il est malheureux de voir aujourd’hui que la grande majorité des animateurs de musique compas parlent peu, ou pas du tout de Félix Lamy, qui reste, qu’on le veuille ou non, le père spirituel du journalisme kompa. En ce triste anniversaire, on peut dire que Félix Lamy, où qu’il soit, est devenu l’idole de toute une génération d’Haïtiens, et c’est le plus important. Si certains animateurs radio l’oublient, volontairement ou non, le public le garde pour toujours dans son cœur et sa mémoire.

Félix Lamy aimait la vie et prenait soin de partager cet amour avec ses auditeurs. Comme une comète, il laisse derrière lui une traînée de lumière qui brillera encore pendant plusieurs générations.


Crédit: Ferdinand Dessalines 


mardi 21 juin 2022

Il était une fois le Volo Volo de Boston !

 


Le Volo Volo de Boston, groupe phare de la scène konpa des années 1970 et 1980, a durablement marqué la musique haïtienne. Fondé en 1971 par des anciens membres des « Ambassadeurs » et des « Fantaisistes », Le Volo Volo connaît d’abord un succès fulgurant aux États-Unis auprès de la diaspora haïtienne et antillaise avant d’inonder les ondes des radios haïtiennes. Leur premier grand succès « Caresse » est à ce moment-là sur toutes les lèvres.

Les compositions du guitariste Hans Félix, membre fondateur et maestro, sont portées haut la main par le charismatique chanteur Ti Manno.

Le groupe enregistre plusieurs albums sous les cordes du maestro guitariste avant que celui-ci ne passe la main à d’autres. A partir de 1982, Hans Félix quitte le groupe et connaît un passage à vide. Il refait surface en 2020 en compagnie des anciens membres du groupe.

Pendant les 20 ans d’existence de Volo Volo, les musiciens ont connu des moments forts à la fois sur le plan musical et humain. A la fin des années 1970, le maestro se fait arrêter par la police américaine en compagnie de ses chanteurs Ti Manno et Ricot Mazarin parce qu’ils étaient dépourvu de titre de séjour. Loin de se décourager, les membres du groupe se sont renforcés en puisant des ressources dans leur passion commune pour la musique...


dimanche 19 juin 2022

Il était une fois Fritz "Toto" Duval, virtuose de la guitare.


Guitariste - Arrangeur - Compositeur -

1943 - 2003 

Fritz Duval dit ToTo naquît en Janvier 1943, il fit son entré en 1962 aux seins des Blouzons Noirs, en 1963. Il remplaçait Marc Ely, un excellent guitariste au sein de l’ensemble Webert Sicot.

 Il enregistra son premier album avec l’orchestre Webert Sicot, contenant les titres suivans: Ti Cameau - Lucienne - En Passant à Porto Rico - Retour de la Cadence - une mérengue Carnavalesque, avec les voix de Gary French et d’Andre Dorismond.

En 1964, il enregistra un (2ème) deuxième volume avec les tubes, dont les noms suivent: Machan Fresco - Ti Male - Ti Georges Counan - Pete Filet et... "Deux Guidons", le plus grand succès musical de l’année 1964, chanson diffuée par toutes les Stations de la capitale haïtienne  quotidiennement. 

En 1965, son dernier enregistrement avec l’Ensemble Webert Sicot fut le "Carnaval Aéroport Djet", l'orchestre décrocha le premier prix, à l’occasion de l’inauguration de l’aéroport François Duvalier, le 22 Janvier 1965. 

Cette méringue carnavalesque a fait le bonheur et la gloire de l’ensemble et Toto aussi. A cette époque-là, lors du passage du cortège, pendant les (3) trois jours gras, le public, les carnavaliers et carnavalières crièrent à tue-tête "Way misye Toto, way misye Toto" ou encore "Kout gita Toto se leman, kout guta Toto se leman"...

Toto Duval avait une touche magique à la guitare. Après cette saison carnavalesque-là, il laissa Haïti définitivement pour  les États-Unis, où il poursuivit sa carrière musicale avec "Les Islanders". Dans ce groupe, Il fît la rencontre de Serge Simpson, ex-accordéoniste de l’Ensemble Nemours Jean Baptiste et des Gilbreters, Carlo et Eddy Claudain. 

Toto Duval, devenu diabétique, pendant quelques années se cassa une jambe, il  souffrait atrocément des différentes complications de sa maladie; il a rendu l’âme à l’âge de 60ans, à la veille de la fête de la musique, le 19 Juin 2003.

Fritz Duval, dit Toto pour les intimes, restait le guitariste le plus en vogue et le plus redoutable de la génération des années 1960.

Paix à l'âme de ce virtuose de la guitare. 

Ensemble Webert Sicot - Aéroport Jet

Crédit: Antony Lamothe avec Radio Nostalji-Ayiti 

mercredi 25 mai 2022

L' inamovible homme-orchestre Joe Jack !


25 Mai 1936 - 25 Mai 2022

86 ans déjà !

Ce mercredi 25 Mai 2022 ramène les 86 ans d'existence sur notre planète, de Joseph Jacques aka "L’homme-orchestre Joe Jack".

 Joe Jack naquît le 25 Mai 1936 aux Gonaïves, aveugle-né, il laissa Haïti pour les États Unis en 1965 où il a été dans une école spécialisée pour pour l'intégration des jeunes non-voyant, en vue de parfaire son éducation. 

Après ses études collégiales aux États Unis, il revient dans son pays natal où il a enseigné l’anglais à l’école Saint Vincent à la rue des casernes (Rue Paul VI), au centre-ville de Port-au-Prince. 

En 1965, Joe Jack créait un quatuor, sa première formation musicale "les quatre cloches", ce quatuor animait des soirées festives dans les salons de la capitale haïtienne.


Dans les années 1970, l’homme-orchestre s’installait sur la scène musicale haïtienne en jouant, en interprètant des chansons d’autres artistes. 

En 1978, il lançait son premier album dans les bacs, avec des titres à succès, tels que: Timidité - Voyou Voyelle - Professeur l’école - Garçon Roland, un cover tiré d'un grand succès de l'immortel Gérard Dupervil, accompagné du Super Jazz des Jeunes.

 Son deuxième volume, fait son apparition, l'année suivante, en 1979, avec de nouvelles chansons des chansons qui ont fait un tabac, tant en Haïti qu'en Diaspora, citons entr'autres:  Depuis le jour - Problème artiste - Café grillé - et surtout, le smash hit "Fè m douce", un autre cover, adapté par l’homme-orchestre, chanson  gravée sur le premier (1er) volume du Tropical Combo de Ti Jacques Francois ancien trompettiste de l’orchestre Septentrional, cet album de Ti-Jack sortait en 1977. La chanson tube gravée sur cet album “Port Salut en 41” est de Robert Molin troubadour cayen, décédé en Janvier 1974. 

Joe Jacques réalisa près de huit (8) albums de 1978 à 1984, qui ont dû charmés toute plusieurs générations de mélomanes, tant haïtiens qu' étrangers.

Joe Jack faisait les délices des amants de la musique dans plusieurs boites de nuit de la zône métropolitaine de Port-au-Prince et d'autres villes et bourgades d'Haïti, dont le "Lambi Night club" de Gérald Chéry, "Libellule",  Chez l'ami Gaby Dejoie “Lakay Disco“ à Pèlerin 5.

 Depuis 1984, l’homme-orchestre Joe Jack s'est installé dans le Grand Nord de l'Amérique du Nord, soit le Canada. 


Les amants de la bonne musique haïtienne qui ont vécus la belle époque mémorable ne sauraient oublier, ce grand chanteur de charme.

En ce jour faste, marquant le 86ème anniversaire de cette légende vivante de la culture haïtienne, nous disons bonne et ad multos annos au grand Joe Jack !

Crédit: Anthony Lamothe avec Radio Nostalji-Ayiti 

mardi 24 mai 2022

Il était une fois Edner Couloute !


Edner Couloute fût un batteur très connu sur la scène musicale haïtienne, il a fait les beaux jours de certains de nos groupes musicaux très célèbres, tels que:

●Les Barbillards de Pétion-Ville 

●Les Bi-Tops de Ti-Plume 

●Les Gypsies de Petion-Ville de Robert

    Martino  

●Les Gypsies de Pétion-Ville 2ème version de

    Ti-Claude Marcelin

●Les Cougars de Pétion-Ville 

●Le Formule H

●D.P. Express 

●Super Star Music Machine

●Super Star d’Haïti 

●Sweet Micky

●Oxygène de New York

 


Batteur, Compositeur, Arrangeur, Parolier, Edner Couloute est passé de vie à trépas, en sa résidence à Bois-Moquette (Pétion-ville), le samedi 24 mai 2014, alors qu’il revenait à peine de New York, Etats-Unis. Il mourût des suites d'un cancer du Pancréas. 

Couloute a laissé ses œuvres musicaux aux seins de plusieurs groupes musicaux où il évolua. Il réalisa plusieurs albums avec b9n nombre d'entr'eux, on peut citer: 

●Les Barbillards, en 1972, à côté de Reynold Nader dit “SinSin“ et le talentueux chanteur cayen, Max Badet avec la meringue lente “Incapable d’Aimer”, repris, plus tard par Les Gypsies de Robert Martino, plus précisément  en 1973;

●Les Bi-Tops de Ricardo Franck dit Ti Plume, avec qui il a produit un seul album en 1973;

●Les Gypsies de Pétion-Ville de Robert en 1974. 9n peut citer les "smash hits" suivants: Fierté, Vire Ron - Vacances - Azakidanm kelele ect...;


●Les Gypsies de Pétion-Ville 2ème, à côté du maestro-guitariste Claude Marcelin et du manager Pierrot Alkal, Couloute produisit deux (2) albums en 1975: Rigwaz, Baron Baron;

●Avec le Formule H il réalisa une  meringue carnavalesque en 1979 à côté de Frantz Joseph aka Fanfan Danger aka Fanfan Kèkal au tambour et Anderson Cameau à la trompette;

●Le D.P. Express! Avec ce dernier, le batteur participa à la réalisation de plusieurs albums successivement en 1982, 1983, 1984, 1985.

Couloute marqua son temps avec sa participation à la dernière meringue carnavalesque avec le D. P.  Express, intitulée  “Volé Kouran“ à côté d’Eddy Wooley, Lesly Dauphin, Ansyto Mercier, etc... Edner Couloute représentait le moteur, la plaque tournante des meringues carnavalesques du D.P. Express.

●En 1989, il fît son apparition au sein du groupe Super Music Machine où il participa à la production un (1) seul album "La Familia", "Alpha" et la meringue carnavalesque "Super Stars Rive",avec les Claude Marcelin , Adolphe Chancy, Michel Batista et autres, etc...

●Avec le Super Star d’Haïti en 199, à côté de Fritz Sterling dit Félix Cumbe, ses œuvres resteront et demeureront vivantes dans les annales de la musique haïtienne.

●le groupe Oxygène de New York avec les Lesly Dauphin, Claude Marcelin, ect..., Edner Couloute reste un batteur unique avec un style particulier.


D'année en année, ses compositions, surtout ses meringues carnavalesques, ont fait danser le public, toutes générations confondues, par son talent et sa dextérité musicale.

Rappelons qu' Edner Couloute naquît le 25 juin 1948. En cette date néfaste du 24 mai 2022, marquant le 8ème anniversaire de son départ pour l'autre monde, nous nous souviendrons longtemps des prouesses extraordinaires réalisées par ce génie de la batterie. 

Comme nous vous le disions plus haut, Il composa plusieurs musiques pour différents groupes de l’ancienne et de la nouvelle génération.

La Fête des Mères, en Haïti, est fixée pour le dimanche 29 Mai, cette année. En guise de terminer cet article en apothéose, nous vous  l’une des compositions les plus célèbres du grand immortel, Edner Couloute, avec le DP Express, chanson titrée: «Manman».



Crédit: Anthony Lamothe pour Radio Nostalji-Ayiti 


samedi 21 mai 2022

Hommage à Georges Lys Hérard aka "Master G"


Né le 31 Mai 1961 - Décédé le 21 Mai 1994

Master G a connu un succès immense, suite à la sortie de son 2e album “Se Tann pou Tann, fòk ou gen kouraj pou w tann“. La crême des crêmes assistait et encadrait le talentueux rappeur-chanteur.

Faisaient partie de ses acccompagnateurs les supers musiciens dont les noms suivent:

●Hans Peters regretté disperu (Guitare/
   Chorus) -
●Ti-Claude Marcelin (Guitare) -
●Eddy Francois (Guitare/Bass/Chorus) -
●Théodore Beaubrun junior dit Barnabé aka
    Lòlò (Clavier/Chorus) -
●Jean Daniel Beaubrun (Bass) -
●Arius Joseph (Tambourineur) -
●Fabrice Rouzier (Clavier) -
●Raoul Denis Jr (Clavier) -
●Jacqueline Denis (Chorus) -
●Emeline Michel (Chorus) -
●Ralph Boncy (arrangeur) -
●Ralph Conde (Guitare/Chorus).


Voilà, ces supers artistes ont fait la gloire et le bonheur du groupe "Haïti Rap N Ragga" de Master G, le père du Rap Créole.

Georges Lys Hérard "Master" chantait en créole, anglais et français. On l’appelait le père du Rap créole, le père de la culture hip-hop.

  Master G, fût un très bon rappeur, Compositeur - Arrangeur- Chanteur- Band leader et producteur du groupe “Haïti N Ragga".

Il était speaker/animateur/DJ/réalisateur à Radio Métropole, Radio Tropic FM et Radio Port-au-Prince.

Master G réalisa quatre (4) Albums sur la scène musicale haïtienne et mondiale.
■1er album sorti, 1980
■2ème album, 1990
"Politk pa m" - "Tann pou Tann"
■3e Album, 1990
"Match là red"
...et le dernier album  "Respect"

En ce samedi 21 mai 2022, marquant le 28ème anniversaire de son départ pour l'Orient Eternel, nous avons une pensée spéciale pour cette icône immortelle de la culture haïtienne, Georges Lys Hérard "Master G", qui a marqué son temps avec une encre indélébile.

Radio Nostalji-Ayiti se souviendra toujours du grand Master G, l'immortelle!

Crédit: Anthony Lamothe avec Radio Nostalji-Ayiti

lundi 16 mai 2022

Il était une fois Almando Keslin !


Né le 16 Mai 1949 et décédé le 22 Mai 2015,   Almando Keslin fût, sans conteste, l’un des meilleurs batteurs de la musique haïtienne.

 Il a fait son passage aux seins de plusieurs groupes musicaux : Les Professionnels, Le

Bossa Combo, Le groupe Shooblack, Les Difficiles de Pétion-Ville, Le D.P. Express,  Les Frères Dejean de Pétion-Ville, Le Scorpio  et son groupe fétiche Omni Band d’Haïti.

 Almando enregistra d’autres albums à côté de Gérard Claude Arntz dit Ansy Dérose (Deux -2- Albums 1978 - 1985), où il l’accompagnait dans ses nombreux concerts au Rex Théâtre, avec d’autres musiciens. 

Puis deux Albums enregistrés  avec les "ZOTOBRES“ (1975 - 1976) du maestro Serge Rosenthal et la participation exceptionnelle de la légende Webert Sicot au saxo, puis en dernier lieu son groupe à lui l' Omni Band d’Haïti, avec lequel il réalisa trois (3) albums (1981 - 1982 - 1990). L' Omni Band avait des musiciens triés sur le volet.

Almando a marqué le temps et l’époque de ses groupes musicaux: 

Il a réalisé un (1) album avec les Professionnels à côté du grand chanteur Jean Claude Dorsainvil; trois (3) albums avec le Bossa Combo à côté  de la légende vivante Raymond  Cajuste, de 1970 à 1972; deux (2) albums avec le Shoo Black (1974 - 1975) à côté de Joseph Laine dit Blagueur; Un (1) album  avec les Difficiles de Pétion-Ville à côté du maestro-guitariste- chanteur-manager Henry Célestin (1976); six albums avec le D. P. Express (1977 -1981), à côté d’Eddy Wooley; cinq (5) albums les Frères Dejean de Pétion-Ville (1984 - 1988); un (1) album avec le Scorpio (1989).

Le très regretté Almando Keslin fût, incontestablement, l’un des meilleurs et plus populaires batteurs et de la scène musicale haïtienne, son nom restera graver aux cœurs des amants, amateurs et fanatiques de la musique haïtienne  tant en Haïti que de la diaspora haïtienne.

En ce jour faste, marquant son anniversaire de naissance, s'il était encore en vie, il aurait 73 ans.

Bonne fête quand même, Maestro Almando Keslin, dans l'au-delà. 

Que ton âme repose en paix !


Crédit: Anthony Lamothe avec Radio Nostalji-Ayiti 

mardi 19 avril 2022

Jacques Maurice Fortéré aka Wawa, la musique dans le sang.

 


Jacques Maurice Fortéré plus connu sous son nom d’artiste Wawa a été pendant plusieurs décennies l’une des figures les plus importantes de la musique vodou en Haïti.

Né en 1937 dans la ville de Léogâne, Wawa grandit dans le quartier du Bel-Air à Port-au-Prince. Comme la plupart des jeunes de l’époque qui avaient la fibre musicale, il fait ses premières armes dans des groupes de quartiers. Il intègre entre autres Jeunesse Sentimentale, La Gaîté avant de faire partie de la formation musicale de Nemours Jean-Baptiste. Dans la foulée, il rejoint également Webert Sicot et devient l’un des compositeurs de L’Ensemble Sicot. 

A la fin des années 60, sur le modèle de l’Ensemble Sicot, Wawa crée l’Orchestre Super Choucoune 70 et enregistre un album avec des tubes qui vont faire fureur tels que Homo homini lupus et l’Enfer, un texte dénonçant la condition de l’homme noir. Mais plus tard, le groupe est rebaptisé Super Choucoune 70 et  enregistrera trois albums dont A la cocotière, et Escale en Haïti.

A partir de 1973, Wawa quitte le monde du compas pour créer Les Camisoles bleues et c’est avec ce groupe qu’il va commencer à s’installer en tant que Samba et embrasse sans détour le vodou jusqu’à la création de Wawa & Rasin Kanga au début des années 90.

Après plus de 60 ans de carrière, Jacques Maurice Fortéré décède en avril 2020 à l’âge de 82 ans en laissant une riche discographie.

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Morceaux utilisés pour ce numéro

  • Twa mo sakre, album The best of Wawa & Rasin kanga
  • Saint Jean-Baptiste,album The best of Wawa & Rasin kanga
  • Compas Direct, album Authentic Haitian merengues, recorded in Haiti, Nemours Jean Baptiste, Campé…1960
  • Jet Rampa,  album Jet Rampa/Haîti, La flèche d’or d’Haïti, super ensemble de Webert Sicot 1967
  • L’enfer, album L’enfer, Orchestre Super Choucoune 70, 1971
  • Douce Haïti, album Wawa et les camisoles bleues chantent l’âme vivante d’Haïti 1973
  • Kalòj kòk, album Kalòj kòk, Rossignols noirs 1979
  • Kafou a pou nou 2, Wawa et le vodou d’Haïti #1
  • Kadya Bosou,  Wawa et Azor
  • 3 chen, album The haitian roots 1, Wawa & Rasin Kanga 1996

lundi 18 avril 2022

Haïti/Culture: Pleins Feux Sur Jho Archer « La super star oubliée ».


Jho aujourd’hui fait figure du plus grand inconnu des stars sacrées de la musique haïtienne, par la génération actuelle. Et pourtant, il est passé parmi les tous premiers à disséminer la musique indigène haïtienne à travers le monde. A une époque où elle fut ostracisée même au bercail. Dans un milieu où la musique de cabarets reste la chasse gardée de tous les musiciens, Archer a dès le début de sa carrière choisi d’être artiste de récital.  Né avec le rythme et la musique dans les veines, il s’est initié dès l’adolescence à la danse sous les commandes de l’indécrottable Lavina Williams qui en a fait un vrai  prodige de la danse; tout en l’inculquant des dessous du folklore local. Subséquemment, il est repéré à la section d’art dramatique à l’Institut français. A la fin des années 1950, il reçut ses premières bourses d’études pour l’Europe, puis les Etats-Unis où il est admis à l’international Dance School dont il devient un professeur chevronné de la danse moderne.

Un cheminement qui a permis à Jho de se faire de bonnes connections dans les milieux du show au state. Et, éventuellement une plateforme pour mettre en valeur la musique de ses origines. En 1962 il fait un début tonitruant au Carnegie Hall où il fait un tollé de par son style flamboyant et sa musique distinguée. Ce qui l’a mis dans le collimateur des grandes compagnies comme Epic et Columbia Records. Pionnier avéré de la musique alternative, il s’est fait une mission d’unir les cultures à un moment où le thème vodou-jazz était peu usité. Et c’est tout qui a fait de Jho un contributeur de poids dans son obsession  de le mettre à la portée du public d’outre-mer,  en s’installant à l’avant-garde d’un genre inédit à travers les morceaux: Sobo de Justin Lamothe, Nan fon bwa, Mèsi Bondye de Casséus, Elou de Jaegerhuber, Ti zwazo de M. Monton; de même que: Fèy, Tinini, Shango, Kannon tire etc; auxquels il a injecté ses propres adaptations leur permettant de résister au temps.

En fait, un vrai innovateur des classiques locaux ainsi que des pièces traditionnelles qu’il a épurées de leur folklorisme, en les imbibant de modernité sous sa signature. Spécialement accompagné de musiciens chevronnés, il a prouvé qu’il était le pourvoyeur d’un genre inexploré; pratiquant le métissage entre le jazz et les rythmes du vodou imprégnés de multiples fusions. Apportant dans la foulée une approche planétaire aux paramètres haïtiens; leur évitant toute extinction. Il s’est imposé en ce sens comme un super innovateur des traditions négligées du terroir natal. Cependant, au delà de tout, Archer était un superbe show-man, un monstre indomptable de la scène, un danseur extraordinaire, un chorégraphe qualifié. Sa présence scénique  et son showmanship qui avaient à l’époque fait des planches un voyage égocentrique, comme les Elvis, James Brown, Claude François, Mick Jagger, Sylvie Vartan etc;. Pas étonnant qu’il ait toujours évolué dans des endroits rompus de professionnalisme et de savoir-faire.

ARCHER A DÈS LE DÉBUT DE SA CARRIÈRE CHOISI D’ÊTRE ARTISTE DE RÉCITAL

Malgré une voix peu résonnante et un registre limité, ce qui fut son talon d’Achilles, Jho s’est quand même armé de multiples arguments pour que le spectacle soit toujours à son paroxysme. Toujours aux U.S.A, il s’est permis de tâter la chanson anglaise dans des ritournelles peu convaincantes, telles: Natural woman (prouvant aussi qu’il fut en avance des LGBTQ), Summertime, Batucada, Sweet Caroline, But I cant get back etc. Tout en réalisant combien une carrière à l’américaine serait un pis-aller, il mit le cap pour la France à la fin des années 1960 pour prendre part au Festival des Nation, à la recherche d’un second souffle. A Paris, il ne lui a pas pris du temps pour s’imposer, en se montrant en artiste de variétés dans des chansons comme: La petite maison (celle là a bien bercé mon adolescence), Je ne peux pas nager (Tu l’as avoué toi-même Jho), Le bongo du bon gars de Gabon, A St. Germain, Les pêcheurs de Port-de-Paix, Adieu sans adieux, Tante Sylvie, Si tu changes d’avis, La première à savoir, Pa sou sa, En plein dans le mille etc.

Autant de tubes qui lui donnent droit à l’affection du public francophone et de ses pairs, mais peu connus au pays. Au music hall français, Archer s’est propulsé dans des shows spectaculaires et ses costumes excentriques qui en firent l’ultime showman. Fort de ses succès, il en profite pour faire un tour au bercail au début des années 1970. Durant sa première performance au Rex Théatre, il s’est assimilé à un fils de l’hexagone en déclarant : « Chez nous en France… », pour filer ensuite à l’anglaise vers d’autres pôles. Eventuellement, il est resté attaché à sa culture, continuant à produire des œuvres de référence locale telle Anita, un succès dense. Nadia, Vodou time, Vodou jazz etc. Se plaçant dans cette lignée dans la genèse du mouvement rasin, en exposant les vibrations ataviques du vodou dans les grands temples exclusifs du monde. Sans oublier des hits comme: Africa et Creuser la terre qui ont été des contributions à la lutte contre l’Apartheid. A ce périple, il visite Haïti pour se ressourcer dans une carrière qui avait commencé à prendre de l’eau. C’est ainsi que dans le show inaugural au Ciné Triomphe, il s’est permis de faire « Baby doc » alors dictateur de l’ile dans la salle, déconner de sa voix nasale le morceau Choucoune.

Eventuellement, sa tournée haïtienne l’a emmené au Stade Sylvio Cator dans un festival à tout casser en compagnie de Jhonny Pacheco, Jhonny Ventura, Les Frères Déjean, Scorpio etc. Il en a profité pour honorer divers artistes avec des distinctions-Cartor, Occide Jeanty etc. Tout en exhortant l’environnement musical à honorer les devanciers tels: Nemours, Sicot, Guillaume et tant d’autres qui ont jalonné la musique haïtienne de leurs œuvres et talent. Cette tournée nationale reste le dernier baroud d’honneur pour Jho au pays. On l’a encore revu de façon sporadique dans quelques shows de la diaspora au début des années 1980 au Brooklyn College sous la commande de Firmin Joseph, avant de disparaitre dans la pénombre. Pourtant, les amants du spectacle évoquaient toujours l’école Jho-Archer dans un domaine où il y avait un manque à gagner  du show ; avec peu de concurrents. A chaque fois qu’on s’attendait à un  « comeback » de Jho, c’était pour se rendre compte qu’il en avait assez de tout pour aller finalement se terrer dans un coin de France. Pour s’enfouir, se faire oublier et cesser d’exister…

Crédit: Ed Rainer Sainvill


lundi 4 avril 2022

Roger Colas, la voix !

 


Au sein de l'orchestre, la vision "hulriquiste" de Septentrional, a toujours barré la route au vedettariat. Fort heureusement d'ailleurs, puisque pareille expérience pourrait, à terme, se révéler nocive à l'épanouissement harmonieux du groupe. Mais, quelle que soit la discipline envisagée (sport, enseignement, politique ou autre), il y a toujours eu et il y aura toujours une figure de proue, un membre de la dite équipe qui se dégagera du lot. L'orchestre Septentrional ne fait pas exception à cette règle; loin s'en faut. Jacques François (TiJak piston) par exemple, a toujours eu un comportement de vedette. Il était un artiste qui possédait, au Cap-Haïtien de l'époque où il était musicien de Septent (1959 à 1969), une voiture et de surcroît, il vivait, vers la fin de son passage dans l'orchestre, à l'hôtel. Jacques Jean, (Tijak alto) en dépit de sa modestie, avait un charisme, qui le plaçait toujours, malgré lui peut-être, à l'avant-plan. Roger Colas, quant à lui, avait toujours un "look" qui valait le coup d'oeil, et était, sans l'ombre d'un doute, le "chanteur-vedette " de Septentrional... L'occasion est trop belle pour résister à la tentation si forte de parler, un peu, de Roger Colas, cette voix qui s'est tue un dimanche matin, le 14 septembre 1986 à 49 ans et 252 jours, laissant chez ses "fans" un arrière-goût de mélodie inachevée. Roger Colas était l'un de ces privilégiés naturels. Prédestiné, dirions-nous, il est né au Cap-Haïtien "le jour des rois", un mercredi, le 6 janvier de l'année 1937. Issu des oeuvres légitimes de Jean-Baptiste Colas et de Virginie Noël, Roger Colas prit naissance au Cap-Haïtien où il fréquenta l'École des Frères de l'Instruction Chrétienne jusqu'au Certificat d'études primaires. Ensuite, il poursuivit, toujours dans sa ville natale, son enseignement secondaire, au Lycée Philippe Guerrier d'abord, jusqu'en classe de Seconde. C'est au sein de cette institution qu'il a appris le solfège et a eu l'occasion de démontrer ses talents d'artiste lors des séances académiques et des surprises-party. Il est important de souligner qu'au Lycée Philippe Guerrier, le solfège et le dessin faisaient partie intégrante du programme académique au même titre que les cours de latin ou de grec, de sciences naturelles, de français ou de mathématique. 


Pour des raisons, mal élucidées jusqu'à ce jour, Roger Colas quitta le Lycée au milieu de l'année 1953 et va terminer la classe de seconde au collège privé "Oswald Durand du Cap-Haïtien"; l'année suivante il se rendit à la capitale pour compléter sa scolarité au Lycée Pétion. Son émigration à Port-au-Prince n'était, en fait, qu'un prétexte qui lui permit de vivre, comme l'auteur du "Petit Prince" l'avait fait avant lui, sa première passion: l'aviation. C'est ainsi qu'il abandonna la classe de rhétorique, au cours du second trimestre de l'année académique 1953/1954, pour se retrouver au camp d'aviation militaire où il passa dix-huit mois, comme enrôlé, de mars 1954 à août 1955. C'est à cette époque que Colas fit la connaissance de Port-au-Prince avec tout ce que cela comporte de "sous-entendus" pour un "petit provincial" libéré du joug parental et des contraintes sociales de son alma mater. Comme il connaissait les accords de base à la guitare et qu'il a toujours été un passionné de la langue de Cervantes, il a pu transférer, facilement, à Port-au-Prince la pratique des sérénades. Sa technique vocale en pareilles circonstances, a étonné plus d'un. Donc, Roger Colas, à 17 ans, est affecté au camp d'aviation militaire de Port-au-Prince, à temps plein; il est aussi, à ses heures, artiste-peintre, tailleur et chanteur en devenir. Ce cheminement nous conduit, ainsi, à l'été de l'année 1955 au moment où Roger Colas devint un jeune homme de dix-huit ans et demi qui a, derrière lui, une nouvelle expérience de vie et une formation académique valable. Il importe de souligner que dans le milieu des années cinquante, en Haïti, l'enseignement était, de loin, supérieur à celui dispensé, aujourd'hui, tant au niveau de la scolarisation que celui des études artisanales, techniques, supérieures ou universitaires. Profitant d'une période de relâche, dans le courant du mois d'août 1955, Roger Colas rentra au Cap-Haïtien, sa ville natale, et s'inscrivit comme "chanteur-amateur", pour participer au concours radiophonique, "Recherche des Étoiles", organisé et retransmis, en direct, à partir de la salle de projection "Eden Ciné" par la 4VCP, La Voix du Nord. Quand vint son tour, le dimanche 4 septembre, Roger s'accompagne à la guitare dans une chanson ranchéra qu'il interprète avec brio. Non seulement Colas remporta, assez facilement, le concours, mais encore, cette voix a tellement impressionné le maestro Hulric Pierre-Louis, qui venait d'amorcer "La Révolution de 55", qu'il s'enquérit de l'auteur qu'il invita, tout de go, à venir faire un essai, aux côtés de Jacob Germain et de Thomas David, au petit bal traditionnel du dimanche soir à Rumba. Roger Colas accepta, tout aussi naturellement, l'invitation et improvisa, ainsi, sa première soirée avec Septentrional le dimanche 4 septembre 1955. Dès le lendemain, lundi 5 septembre, Roger Colas accompagna l'orchestre comme chanteur stagiaire, à Bord-de-Mer de Limonade, à l'occasion de la Ste Philomène. 


Le glas avait sonné sur sa "carrière paramilitaire" dans l'aviation. Roger venait de découvrir sa vraie vocation, celle de chanteur professionnel. Ce "mariage d'amour" entre Roger Colas et l'orchestre Septentrional va durer, un premier terme de vingt ans, trois mois et quinze jours; de la nuit du dimanche 4 au lundi 5 septembre 1955 à Rumba Night-Club, jusqu'au vendredi 19 décembre 1975, date de son départ pour les États-Unis où il entreprit une carrière-solo. En 1984, il rentre définitivement en Haïti et reprend, tout naturellement, sa place de chanteur de Septentrional jusqu'au dimanche 14 septembre 1986; le destin cruel, ce jour-là nous l'a fatalement ravi, plongeant dans le deuil ses enfants, ses parents, ses proches, ses admirateurs et ses détracteurs. Son émigration aux États-Unis lui a permis de travailler et d'étudier le Nursing-Assistant à l'Université de Miami pour décrocher un diplôme décerné par le personnel administratif du Jackson Memorial Hospital au début des années quatre-vingts. Son premier retour en Haïti le 18 mai 1981 pour parfaire son dossier de résident aux États-Unis, ainsi que son retour définitif en 1984, ont été accueillis avec joie et célébrés dans le faste et l'apothéose par les musiciens et les fanatiques de Septent qui l'ont considéré, tout simplement et tout naturellement, comme le prodige enfant prodigue revenu au bercail. Roger Colas, à côté de son immense talent de chanteur, n'était pas en reste dans le domaine de la composition. De "la première connue, Pasé Cheve" qu'il a créée en 1958, jusqu'à "Oublie-moi", une œuvre posthume que Thomas David a chantée sur le disque "Jani-n" en 1990, Colas s'est toujours distingué tant pour la poésie de ses textes que par l'originalité de ses mélodies. Fè pa m (Kaporal) que le maestro Pierre-Louis a orchestré en 1964, en est une illustration. "Fè pa m", par exemple, est un texte chargé d'images fortes qui raconte l'histoire de deux adolescents surpris en flagrant délit de ... "péché de jeunesse" par un kaporal un peu trop zélé et voyeur au demeurant. Roger Colas, le parolier, a mis en évidence tout son talent d'artiste-poète pour donner la meilleure coloration possible à ce "péché mignon", tout en évitant de choquer les oreilles chastes et les âmes sensibles; exercice de style fort difficile au demeurant. Issa El Saïeh, avec "Piwouli", avait réussi bien longtemps auparavant, un chef-d'œuvre du genre. S'inspirant, par contre, de Fè pam (kaporal), neuf ans plus tard, l'orchestre Tropicana, traitant un sujet identique, "TiZo ak Jaksina", dont il a fait la chanson-vedette de son quatrième album, sorti en 1973, n'a pas donné dans la dentelle, pour avoir trop flirter avec l'obscène. Il y a eu pourtant un "public-preneur" à s'en délecter. Autres temps, autres mœurs ! Autre source d'inspiration, autre œuvre ! Heureusement que le "Fè pa m" de Roger Colas et de Septent, spirituel à souhait, revu et augmenté, à partir de 1965, est resté, pendant plus de vingt cinq ans, le chant qui revenait, annuellement, pour fêter la Noël au Cap-Haïtien. 


Merci Roger, la postérité te le revaudra. Roger Colas a aussi composé, avec l'aide de son mentor d'alors, le maestro Hulric Pierre-Louis qui les a orchestrés, plusieurs boléros, notamment "Vierge des Vierges" et "Rien que toi". L'artiste-chanteur a su ... "trouver des mots d'une grande tendresse qui ont su passer sur Claudie, légers comme un coup d'aile ". Il existe une polémique à propos de l'identité de la "Claudie" qui a inspiré ce poème à Roger. Quoi qu'il advienne, l'heureuse élue s'en était bien attribuée la dédicace. Il y a même gros à parier, qu'à plus d'une quarantaine d'années d'écart, l'attributaire pourrait encore sentir passer sur elle, légers comme un coup d'aile, ces mots d'une grande tendresse de Roger exprimant les maux d'alors qui troublaient son cœur d'artiste. Ce serait un péché par omission de ne pas partager avec nos lecteurs le plus beau poème d'amour que Roger nous ait laissé. Comme il le fera plus tard dans "Face à l'autre" c'est avec la complicité de Tonton Jil au piano acoustique qu'il exprime ses sentiments à l'égard de l'heureuse élue qu'elle trouve, à ses yeux d'artiste tout simplement, "SENSATIONNELLE". C'est, selon nous, le plus bel aveu d'amour, dans toute l'histoire de l'humanité, d'un homme à une femme. Voilà pourquoi, au-delà de la direction musicale vers laquelle «l'Actuel Septentrional» s'achemine, les supporteurs et admirateurs, toujours nostalgiques, de Roger Colas, cet artiste surdoué, ne veulent pas passer sous silence le passage de Colas au sein de la vie musicale universelle en général et au sein de Septentrional en particulier. 


Roger Colas est père de huit enfants. Le benjamin, Roger Colas junior issu des liens de son mariage avec Lucienne St.-Paulin-Colas ("sa raison de vivre" comme il avait coutume de l'appeler") professe, lui aussi, au sein de l'orchestre Septentrional le métier de chanteur depuis le début du mois de janvier de l'année 2000, comme son père l'avait fait pendant vingt-cinq ans. Du père, le fils a hérité du prénom ainsi que des composantes génétiques de la voix. C'est ce qui explique que la trame vocale du fils se rapprochait un moment de plus en plus de celle du père; du moins, le public en avait la perception. Entre l'aîné des enfants de Roger Colas, Grégorov, et le benjamin, Roger junior, se sont succédé, sans tous les nommer Maria Terésa, Luisa Maria, Jocelyne, Fito ... etc. Depuis le jour de son intégration au sein de l'équipe-septent, Roger Colas a toujours su faire palpiter le cœur de ses fans et leur prodiguer la joie de vivre. Pendant toute sa vie d'artiste, sa classe s'est confirmée. De façon originale, il a animé avec une ardeur et un talent inouïs, les heures intimes des soirées de Septent. Il a, tout simplement créé une spécialité dont Septent n'a eu, pour essayer de soutenir la concurrence que le Jazz des Jeunes en amont, avec Gérard Dupervil jusqu'en 1965, et en aval, les Ambassadeurs avec Essued Fung Cap, Pascal Albert et Marc Yves Volcy. Ces deux groupes musicaux, pourtant, n'ont jamais su égaler Septent dans la réalisation de ces heures intimes inoubliables avec Roger Colas, qui, malgré lui, ou grâce à lui peut-être, aura fait tant de bien à tant de monde. Roger Colas n'était donc pas un simple exécutant à qui le ciel avait fait don d'une belle voix, (en avait-il une ?), et qui avait la chance d'être accompagné, pendant un quart de siècle environ, par un grand orchestre. Roger était, avant tout, un artiste mais surtout un créateur dont le talent s'appréciait sous deux aspects particuliers : premier aspect : l'authenticité (l'inspiration), Quand une nouvelle chanson est proposée à Roger Colas, notamment l'interprétation d'une pièce d'une formation musicale autre que Septentrional (étrangère ou haïtienne), on dirait, en comparant la pièce originale avec la "version-Colas", que Roger, au préalable, a mastiqué, avalé puis digéré la partition originale afin d'en être bien imprégné pour mieux, après, pouvoir nous la rendre. Strangers in the night, Madame, Ste Totoche, et plus tard, Ala traka~twa bébé et l'adaptation des chansons d'Agustin Lara en sont des exemples édifiants. deuxième aspect : le travail assidu (la transpiration) Roger Colas ne se contentait pas de créer dans ses interprétations; il était aussi un compositeur bien inspiré et surtout un excellent parolier. C'est d'ailleurs pour cela, qu'à chaque fois qu'il nous offrait une de ces créations, il y avait toujours un «je ne sais quoi» qui fait que l'on reconnaissait, quelque part, la touche du génie.


 Au gré du souvenir, sans aucune prétention d'exhaustivité, énumérons quelques-unes de ses compositions (prises ici au sens large sans prendre en considération le fait que Roger en soit l'auteur, le coauteur ou l'auteur-compositeur): Pasé cheve, Fè pam(kaporal), Vierge des Vierges, Claudie, Sansasyonèl, Ne pleure pas, San médam yo, Rien que toi, Poukisa (janjan), Face à l'autre, Èrzuli, Romance à Maria, La Fanmiy, Sa ou té kwè ou té fè, Fierté, Oublie-moi, Ayibobo, et ... pour la fine bouche ... Esperame (solèy té fi n kouché ou pa bliyé) de concert avec Max Piquion. Si une belle voix est un don gratuit du ciel, devenir virtuose est le résultat d'un travail assidu, de la volonté, de la détermination et du professionnalisme. L'on ne devient pas Mozart, Beethoven ou Bach, Louis Armstrong, Charlie Parker ou Miles Davis - Duke Ellington, Count Basie ou Benny Goodman - Perez Prado, Bény More ou Tito Puente – James Brown, Michael Jackson ou Madona - Lumane Casimir, Cyriaque Achille Paris ou Anilus Cadet - Antalcidas O. Murat, Gérard Dupervil, Alfred "Frédo" Moïse, Gesner Henry, Ansy Dérose, Guy Durosier ou ... Roger Colas ... par hasard.


 L'inspiration, c'est-à-dire le talent pur, ne compte que pour 35% ; tout le reste est de la transpiration, c'est-à-dire, du travail assidu. Cette formule lapidaire illustre, pourtant, à 100%, le phénomène Roger Colas, qui pendant les trente et une dernières années de sa vie, passait le plus clair de son temps à pratiquer son instrument, c'est-à-dire, LA VOIX. Un Capois croisait Roger Colas en ville le matin, un peu avant huit heures, dans deux circonstances: soit qu'il se rendait à la gare routière de la "Barrière Bouteille" pour partir en tournée avec Septent, soit qu'il regagnait ses pénates après une troisième ou même une quatrième mi-temps d'un match opposant "Épicure" à "Bacchus". Il y a même des "mauvaises langues" pour parler de "nuit prolongée " un tout petit peu trop arrosée. Mais, dans tous les autres cas, entre huit et onze heures, Roger Colas était chez lui, plus exactement, chez sa mère Ninie, (comme les Capois appelaient, affectueusement, sa maman) à la Petite Guinée, et pratiquait le chant. Roger, vedette malgré lui, chantait n'importe quoi, du plus banal au plus sophistiqué. Colas chantait Agustin Lara, Franck Sinatra, Barbarito Diez, Roberto Ledesma, Guillermo Portabales, Abelardo Barroso, Daniel Santos, Bienvenido Granda et surtout son idole, Lucho Gatica; ou il faisait des vocalises sur des enregistrements de Ella Fritzgérald ou de Mahalia Jackson ou encore, il faisait tout simplement des ajustements sur la dernière création qu'il était en train de mettre au point avec Septentrional. 


La musique populaire de danse était sa passion. Et il est reconnu et admis que sa voix a servi de prétexte à bon nombre de liaisons le jour où, enfin, deux aspirants amoureux se retrouvent sur la piste au moment où l'artiste anime ses traditionnelles heures intimes, avec l'orchestre Septentrional, évidemment. Roger Colas ne ratait la moindre occasion d'affirmer ou de défendre son identité capoise. Il en était fier. Il alla jusqu'à dire, le samedi 4 juillet 1981, lors de la Soirée des Retrouvailles, au Cap-Haïtien, avec Septentrional, après plus de cinq ans d'absence, au Feu-Vert Night-Club: Haïti, c'est le Cap pour moi. Son appartenance à l'orchestre Septentrional ne constituait, pourtant, pas une relation exclusive. Loin s'en faut. Il suffisait pour Colas, d'être présent, n'importe où un groupe musical, allié ou en compétition avec Septent, évoluait, pour qu'il s'introduisît, s'il en avait envie et que le feeling l'invitait à le faire, dans le carré de l'orchestre et se mettre à chanter. Il a maintes fois répété ce geste; que ce soit avec le Jazz des Jeunes, avec l'orchestre Anacaona du maestro Camille Jean, avec les Sambas ou les Universels du Feu-Vert, avec les Diables Bleus du Cap, avec les Ensembles de Nemours Jean-Baptiste ou de Wébert Sicot, avec Les Frères Déjean ou, de manière mémorable, avec les Ambas-sadeurs de Port-au-Prince dans l'interprétation de Noche de Ronda, de Nostalgie et surtout de Desesperadamente et même avec l'orchestre Tropicana, pourtant compétiteur avoué de Septentrional. Nous ne saurions occulter, dans le cadre de cette approche, la caractéristique principale de Roger Colas: sa diction légendaire. Dans ce cas précis, il est le meilleur de tous les chanteurs haïtiens, quelle que soit l'époque considérée. Qu'il chante Vanité, Rupture, Claudie, Mai, Noël des copains ou Noël au Cap-Haïtien, Dis-moi, Louise-Marie, Ironie, l'Invariable, Blasphème, Rien que toi, Gisèle, C'est bon l'amour, Frédelyne ou Marie-Lourdes en français ou qu'il chante, en créole Remords, N ap réziyé-n, nou péri, Manman mwen, Tendresse, Nous deux, Èrzuli, Sa ou té kwè ou té fè, Tèt a tèt, Tifi ya, Nounou-n, Yaya, Maryana, Rozali, Toto ou Prézidan Avi, Roger Colas domine "la gent des chanteurs haïtiens", de la tête et des épaules, en ce qui a trait à la pose de la voix dans l'articulation d'un texte d'une chanson. 


La destinée de l'homme, c'est la vie qui est, par définition une maladie mortelle. Du fait même qu'il naisse, l'homme entame le processus inéluctable qui aboutit à la mort : Naître. Grandir. Vivre.... Chanter ... Vieillir et Mourir. Le docteur Philippe D. Charles opinait : «Une sombre nuit du samedi 13 au dimanche 14 septembre 1986, ce tyran qui n'épargne personne emporta Roger de manière tragique, plongeant dans la mélancolie et l'amertume, toutes générations confondues, sympa-thisants ou non, haïtiens et étrangers vivant tant en Haïti qu'à l'extérieur d'Haïti. Nous ne pourrons, malheureusement, jamais nous dresser contre ce processus qui constitue la loi naturelle selon laquelle, naître suppose mourir et que la vie engendre inéluctablement la mort, malgré la thèse consolatrice que la mort pourrait bien engendrer une nouvelle vie.» Si nous nous référons à cette démarche consolatrice du docteur D. Charles, ce que nous prenons pour le terme ne constituerait qu'un commencement. 


Mais, ce serait, franchement, trop beau pour être vrai. Et c'est d'ailleurs pour cela, qu'en ce qui nous concerne, nous ne pouvons que garder à l'esprit, mais à l'esprit seulement, que Roger est bien présent parmi nous, par ses œuvres qui demeureront, elles, toujours vivantes. Toute autre approche est téméraire, chimérique, voire inutilement frustrante. À l'aube du dimanche 14 Septembre 1986, UNE VOIX S'EST TUE, DÉFINITIVEMENT. Il n'y a qu'un Roger Colas; il n'y en a eu qu'un seul, et il n'en aura jamais plus. Il n'y a pas de substitut à Roger Colas.


 Crédit: Wilfrid "Tony" Hyppolite 

mardi 22 mars 2022

Haïti/Culture: Il était une fois, Ricot Jean-Baptiste!

 


3 septembre 1977. ''Nou pa gendwa bliye jou sila!''

Décès de Ulrick ''Ricot'' Jean-Baptiste, figure emblématique de la radio, animateur vedette à Radio Haïti et à Radio Métropole.

Un Grand de la radio!!!!

Une légende ne meurt jamais.

1969. Un beau matin, un jeune homme gravit les étroites marches menant au premier étage où se trouvait Radio Haïti.   Arrivé à l’intérieur de la station il se présenta et demanda si on l’accepterait comme stagiaire comme opérateur (metteur en ondes). La secrétaire alla voir l’opérateur-en-chef qui acquiesça et lui demanda de faire venir le postulant.  


Arrivé à l’intérieur, l’opérateur-en-chef reçu le solliciteur et lui demanda d’attendre.  Ce dernier passa une partie de son attente à lire à voix basse un texte d’une publicité libellé sur un bout de papier jeté par terre.  Sans s’en apercevoir, l’opérateur-en-chef le suivait attentivement dans la pièce d’à côté.   Finalement, on fit venir le demandeur à un studio. Arrivé à l’intérieur, on lui suggéra  de se mettre derrière le micro. A sa grande surprise, l’opérateur-en-chef, lui demanda de lire un texte tout en ajoutant qu’il serait mieux qu’il postule pour le poste de « speaker » (terme décrivant lors le métier d’animateur).  

C’était la naissance  du premier DJ de radio en Haïti.  Opérateur-en-chef: Robert ''Bobby'' Denis  Postulant: Ulrick ''Ricot'' Jean-Baptiste 

“Ulrick Jean Baptiste dit "Ricot Jean Baptiste", est né en 1946. Artiste et intellect, animateur jovial, il fit ses débuts d'animateur de radio en 1968. 

Sur les ondes de Radio Haïti, toute la ville, voire même, tout le pays était suspendu à ses lèvres, à son programme : «Tambour Battant », 10hres – 12Hres PM et 8hres – 10hres PM. Cette voix majestueuse retentissait toujours : « Tambour Battant (…) la Formidable Détente (…) À chacun son dada. Lui, il se passionne pour la danse. L’autre pour sa petite nana (…) Mais pour « Tambour Battant », on est tous d’accord, c’est ‘’Foooor Mi Daaaable !».

On le trouvera plus tard à Radio Métropole, la station rivale . En prenant quartier la rue pavée,’’ Ricot’’ prit en main l’émission qu’animait la gracieuse Marie Cécile, pour en faire le chouchou de l’heure en la rebaptisant ‘’Tam Tam 129’’.

Mort le 3 septembre 1977, un des meilleurs animateurs haïtiens de tous les temps.

Commentaires: 

Delano Morel: "Un animateur qui a marqué l’histoire de la radio diffusion en Haïti, il ne se contentait pas d’animer des émissions et de présenter les tubes, il donnait des conseils et parfois même faisait des critiques. Je me rappelle après avoir présenté la chanson du groupe, les frères Dejean titré : " Filibè mete pou grann" il avait fait une critique très acerbe du texte de cette chanson et ensuite pour les complimenter le niveau musical de ce tube. C’est l’absence de cette forme de critiques que je reproche à mes amis animateurs de radio d’aujourd’hui."


Crédit: Jean-Jean Pierre